Claude Schmitt – L’empreinte
© Actes Sud, 2004
Claude Schmitt raconte la peur, la nervosité, l’hystérie des jeunes soldats débarqués en Algérie pour participer à la guerre. Des chapitres courts de quatre à cinq pages chacun et aux titres sobres : La lune, Le camp, Le marché, L’embuscade… Claude Schmitt qui avait vingt ans en 1959 quand il a dû partir faire la guerre en Algérie, rappelle la beauté du pays où se déploie la cruauté des hommes.
Première lecture :
Les quinze hommes s’éloignaient du camp à la queue leu leu1 dans la quiétude de la nuit tiède appesantie2 sous les baraquements endormis d’où parfois s’élève la plainte d’un qui rêve ou le profond soupir dénué de sens d’un chien couché dans la poussière. L’officier allait devant, l’arme à la main, retrouvant sous ses pas le terrain comme une mémoire de la carte consultée avant le départ et abandonnée sur le lit défait où il s’était reposé. Ils traversaient ensuite le village indigène assoupi3 au pied de l’acropole militaire et bientôt atteignaient l’endroit où plus rien ne les protègerait, frontière non tracée entre la quotidienne vie et l’incertaine mort qui fait les jours sans lendemain.
1à la queue leu leu – les uns derrière les autres
2appesantie – devenue plus pesante, c’est-à-dire plus lourde
3assoupi – endormi

