Baudelaire – Les fleurs du mal – Petits poèmes en prose (1862)
D’un long périple à travers le monde, Baudelaire rapporte un recueil de poèmes en prose. Le poème en prose est né d’une révolte contre les règles contraignantes, tyranniques du poème en vers classique. C’est une forme courte et dense, travaillée comme un bijou pour produire une forte impression esthétique.
L’Étranger présente le poète et son sentiment moderne d’étrangeté face aux autres et au monde.
Première lecture :
« Qui aimes-tu le mieux, homme énigmatique, dis ? Ton père, ta mère, ta sœur ou ton frère ?
-Je n’ai ni père, ni mère, ni sœur, ni frère.
-Tes amis ?
-Vous vous servez là d’une parole dont le sens m’est resté jusqu’à ce jour inconnu.
-Ta patrie ?
-J’ignore sous quelle latitude elle est située.
-La beauté ?
-Je l’aimerais volontiers, déesse et immortelle.
-L’or ?
-Je le hais1 comme vous haïssez Dieu.
-Eh ! qu’aimes-tu donc, extraordinaire étranger ?
-J’aime les nuages… les nuages qui passent… là-bas… là-bas… les merveilleux nuages ! »
1je hais – Verbe “haïr” qui signifie détester: je hais, tu hais, il hait, nous haïssons, vous haïssez, ils haïssent.

