Daniel Moreau – La deuxième vie de Gary Solfège
© Imago, 2000
Pendant la Seconde Guerre Mondiale, sous l’Occupation, un homme s’interroge sur l’identité d’un camarade, Gary Solfège, tué au combat et dont il possède le journal intime. Cela se passe entre trafiquants, collaborateurs et résistants.
Ce passage se situe peu après la découverte du cadavre dans un bâtiment de la Kommandantur, le poste de commandement allemand.
Première lecture :
La mort a beaucoup moins d’importance en temps de guerre qu’en temps de paix. C’est presque un non-événement1 auquel on est plus ou moins confronté tous les jours. Pourtant, la disparition de Gary Solfège, si soudaine, si étrange en soi, je dirais presque si contraire aux normes auxquelles nous étions habitués, me fit un drôle d’ effet.
D’abord c’est moi qui avais finalement retrouvé son corps dans ce sombre bâtiment de la Kommandantur que nous avions fait évacuer à coups de carabine2, ensuite c’est encore moi qui fus confronté à la Sécurité militaire3 et à qui l’on posa toute une série de questions sur les circonstances d’un meurtre dont je ne savais strictement rien. Répondre à brûle-pourpoint4 me paraissait difficile.
1un non-événement – Les substantifs composés avec “non” prennent un tiret.
2à coups de carabine – en tirant des coups de feu avec un fusil, une carabine
3la Sécurité militaire – On met une majuscule car il s’agit d’une administration
4à brûle-pourpoint – sans prendre le temps de réfléchir

