Gérard de Nerval – Les filles du feu (1854)
Par son goût du voyage et de la campagne et par le nombre de ses maîtresses, Gérard de Nerval, ce poète à la prose lumineuse, est bien un romantique. Les Filles du Feu sont un hymne à la gloire de la femme amoureuse. Apparaissant sous des visages multiples, elles composent la Femme idéale rêvée. Angélique est une longue divagation sur les femmes dans l’histoire de l’humanité comme en témoigne ce passage qui mentionne entre autres Jeanne d’Arc et Jeanne Hachette.
Première lecture :
Les femmes sont courageuses dans les événements de famille, devant la souffrance, la mort. Dans nos troubles civils, elles plantent les drapeaux sur les barricades ; elles portent vaillamment1 leur tête à l’échafaud. Dans les provinces qui se rapprochent du Nord ou de l’Allemagne, on a pu trouver des Jeanne d’Arc ou des Jeanne Hachette. Mais la masse des femmes françaises2 redoute la guerre, à cause de l’amour qu’elles ont pour leurs enfants.
Les femmes guerrières sont de la race franque. Chez cette population originairement venue d’Asie, il existe une tradition qui consiste à exposer des femmes dans les batailles, pour animer le courage des combattants par la récompense offerte. Chez les Arabes, on retrouve la même coutume. La vierge qui se dévoue s’appelle la kadra et s’avance au premier rang entourée de ceux qui sont résolus à se faire tuer pour elle. Mais chez les Francs on en exposait plusieurs.
Le courage et même la cruauté de ces femmes étaient tels qu’ils3 ont été la cause de l’adoption de la loi salique. Et cependant, les femmes, guerrières ou non, ne perdirent jamais leur empire en France, soit comme reines, soit comme favorites.
1vaillamment – courageusement
2les femmes françaises – On ne met pas de majuscule à “françaises” parce que c’est un adjectif.
3tels qu’ils – On utilise un masculin pluriel: le pluriel parce qu’il y a deux sujets et le masculin parce que le masculin prévaut sur le féminin.

