Françoise Le Roux
La grammaire
Un mode grammatical exprime dans quelle situation on se trouve. Par exemple, le mode indicatif indique une situation réelle. Le mode conditionnel indique une situation possible, mais soumise à une condition : si… Par exemple, un poème de Paul Fort :
Si toutes les filles du monde voulaient se donner la main
Tout autour de la mer, elles pourraient faire une ronde
Si tous les gars du monde voulaient bien être marins
Ils feraient avec leurs barques un joli pont sur l’onde
Elles pourraient, ils feraient est au mode conditionnel, temps présent.
Un temps grammatical exprime en effet le présent, le passé, le futur. Concernant le verbe faire, c’est un verbe irrégulier. Ainsi, il fait au mode indicatif, temps présent :
je fais
tu fais
il ou elle fait
nous faisons
vous faites
ils ou elles font
Notez que dans nous faisons, le ai se prononce e : nous faisons. Pareillement à l’imparfait de l’indicatif : nous faisions, vous faisiez. Vous faites est une forme irrégulière.
Le tableau suivant vous donne la conjugaison complète du verbe faire et ses particularités.
Indicatif
Présent
je fais
tu fais
il/elle fait
nous faisons
vous faites
ils/elles font
Imparfait
je faisais
tu faisais
il/elle faisait
nous faisions
vous faisiez
ils/elles faisaient
Passé simple
je fis
tu fis
il/elle fit
nous fîmes
vous fîtes
ils/elles firent
Futur simple
je ferai
tu feras
il/elle fera
nous ferons
vous ferez
ils/elles feront
Passé composé
j’ ai fait
tu as fait
il/elle a fait
nous avons fait
vous avez fait
ils/elles ont fait
Plus que parfait
j’avais fait
tu avais fait
il/elle avait fait
nous avions fait
vous aviez fait
ils/elles avaient fait
Passé antérieur
j’eus fait
tu eus fait
il/elle eut fait
nous eûmes fait
vous eûtes fait
ils/elles eurent fait
Futur antérieur
j’aurai fait
tu auras fait
il/elle aura fait
nous aurons fait
vous aurez fait
ils/elles auront fait
Conditionnel
Présent
je ferais
tu ferais
il/elle ferait
nous ferions
vous feriez
ils/elles feraient
Passé
j’aurais fait
tu aurais fait
il/elle aurait fait
nous aurions fait
vous auriez fait
ils/elles auraient fait
Subjonctif
Présent
que je fasse
que tu fasses
qu’il/elle fasse
que nous fassions
que vous fassiez
qu’ils/elles fassent
Imparfait
que je fisse
que tu fisses
qu’il/elle fît
que nous fissions
que vous fissiez
qu’ils/elles fissent
Passé
que j’aie fait
que tu aies fait
qu’il/elle ait fait
que nous ayons fait
que vous ayez fait
qu’ils/elles aient fait
Plus que parfait
que j’eusse fait
que tu eusses fait
qu’il/elle eût fait
que nous eussions fait
que vous eussiez fait
qu’ils/elles eussent fait
Impératif
Présent
Fais
Faisons
Faites
Passé
Aie fait
Ayons fait
Ayez fait
Les verbes refaire, défaire, satisfaire se conjuguent sur le modèle de faire.
Avant de partir, vous faites vos valises. En arrivant sur place, à votre hôtel, vous les défaites. A la fin de votre séjour, naturellement vous les refaites. Fort heureusement, vous n’avez que des bagages légers qui vous suffisent et vous satisfont en toute occasion en vacances, que ce soit à la mer ou à la montagne.
L’emploi
Le verbe faire apparaît dans d’innombrables expressions. Le dictionnaire Robert le donne en pas moins de 7 pages dans son encyclopédie ! Voici quelques-unes des expressions usuelles :
Faire du sport : pratiquer un ou plusieurs sports, faire du ski (skier), faire du karaté, du judo.
Faire le ménage : nettoyer la maison
Faire sa toilette : se laver, prendre une douche ou un bain
Pour parler du temps qu’il fait : il fait beau, il fait trop chaud, il fait un froid de canard.
Faire attention : être attentif, être prudent. Faites attention à la marche ! (à la marche d’escalier)
Se faire mal : elle s’est fait mal en glissant sur la glace, en tombant.
Qu’est-ce que ça peut faire ? Cela n’a pas d’importance, cela ne fait rien
Faire l’idiot, faire l’idiote : se comporter comme un idiot, comme une idiote
Faire l’innocent, l’innocente : prétendre être innocent, innocente alors qu’on ne l’est pas du tout.
Et puis il y a une construction particulière qui est faire faire quelque chose à quelqu’un. On l’emploie lorsqu’on ne fait pas quelque chose soi-même et qu’on délègue quelqu’un pour le faire pour nous.
Nous faisons construire une maison.
Elle s’est fait couper les cheveux (par un coiffeur par exemple).
Attention
Il ne faut pas confondre les deux expressions suivantes –
Avoir quelque chose à faire, c’est-à-dire devoir faire quelque chose :
J’ai un tas de choses à faire avant de partir en vacances la semaine prochaine, mais je n’ai rien à faire obligatoirement aujourd’hui. Rien ne presse, c’est cool!
et
avoir affaire à, être confronté à. Par exemple :
Lors de mon passage à la douane, j’avais oublié de déclarer mon ordinateur. Heureusement j’ai eu affaire à une fonctionnaire compréhensive. J’ai dû défaire ma valise pour le contrôle. Elle a été patiente.
Autre exemple :
Tel politicien véreux a déjà eu affaire à la justice et ne peut par conséquent pas se représenter aux élections.
Quelques illustrations ?
L’écrivain Georges Simenon a écrit un roman policier qui s’appelle L’AFFAIRE SAINT-FIACRE où paraît le célèbre commissaire Maigret pour résoudre une énigme au château de Saint-Fiacre. L’acteur Bruno Cremer, entre autres interprètes du commissaire Maigret, est peut-être le plus fidèle à l’écriture de Simenon, lequel plonge dans la France des années 30, la société provinciale, réglée, bourgeoise.
Le passage suivant vous en donnera une idée. Le commissaire Maigret est arrivé la veille au château de Saint-Fiacre.
Maigret eut ce sommeil agité et voluptueux tout ensemble qu’on n’a que dans une chambre froide de campagne qui sent l’étable, les pommes d’hiver et le foin. Partout autour de lui voletaient des courants d’air. Et les draps étaient glacés, sauf à l’endroit exact, au creux moelleux, intime, qu’il avait réchauffé de son corps. Si bien que, recroquevillé, il évitait de faire le moindre mouvement.
A plusieurs reprises, il avait entendu la toux sèche de Jean Métayer dans la mansarde voisine. Puis ce furent les pas furtifs de Marie Tatin qui se levait.
Il resta encore quelques minutes au lit. Quand il eut allumé la bougie, le courage lui manqua pour faire sa toilette avec l’eau glaciale du broc et il remis ce soin à plus tard, descendit en pantoufles, sans faux col.
En bas, Marie Tatin versait du pétrole sur le feu qui ne voulait pas prendre. Elle avait les cheveux roulés dans des épingles et elle rougit en voyant surgir le commissaire.
“Il n’est pas encore 7 heures… Le café n’est pas près”
Maigret avait une petite inquiétude. Dans son demi-sommeil, une demi-heure auparavant, il croyait avoir entendu une auto. Or, Saint-Fiacre n’est pas sur la grand-route. Il n’y a guère que l’autobus à traverser le village, une fois par jour.
“L’autobus n’est pas parti, Marie ?”
-Jamais avant 8 heures et demie ! Et plus souvent neuf heures…
-C’est déjà la messe que l’on sonne ?
Oui ! L’hiver elle est à 7 heures, l’été à 6… Si vous voulez vous réchauffer…”
Elle lui montra le feu qui flambait enfin.
Deuxième illustration
Bourvil, acteur, chanteur populaire chantait, dans les années 50, 60 une chanson appelée LA BALLADE IRLANDAISE.
Un oranger, sur le sol irlandais
On ne le verra jamais
Un jour de neige embaumé de lilas
Jamais on ne le verra
Qu’est ce que ça peut faire ?
Qu’est ce que ça peut faire ?
Tu dors auprès de moi
Près de la rivière
Où notre chaumière
Bat comme un cœur plein de joie
Un oranger, sur le sol irlandais
On ne le verra, jamais
Mais dans mes bras
Quelqu’un d’autre que toi
Jamais on ne le verra
Qu’est ce que ça peut faire ?
Qu’est ce que ça peut faire ?
Tu dors auprès de moi
L’eau de la rivière
Fleure la bruyère (a l’odeur de la bruyère)
Et ton sommeil est à moi
Un oranger, sur le sol irlandais
On ne le verra, jamais
Un jour de neige embaumé de lilas
Jamais on ne le verra
Qu’est ce que ça peut faire ?
Qu’est ce que ça peut faire ?
Toi, mon enfant, tu es là
Paul Fort, poète et dramaturge français (1872-1960) a écrit Si tous les gars du monde
Si toutes les filles du monde voulaient se donner la main
Tout autour de la mer, elles pourraient faire une ronde
Si tous les gars du monde voulaient bien être marins
Ils feraient avec leurs barques un joli pont sur l’onde
Alors on pourrait faire une ronde autour du monde
Si tous les gars du monde voulaient se donner la main
Si tous les gars du monde
Décidaient d’être copains
Et partageaient un beau matin
Leurs espoirs et leurs chagrins
Si tous les gars du monde
Devenaient de bons copains
Et marchaient la main dans la main
Le bonheur serait pour demain
Ne parlez pas de différence
Ne dites pas qu’il est trop blond
Ou qu’il est noir comme du charbon
Ni même qu’il n’est pas né en France
Aimez-les n’importe comment
Même si leur gueule doit vous surprendre
L’amour c’est comme au régiment
Il ne faut pas chercher à comprendre
J’ai mes ennuis et vous les vôtres
Mais moi je compte sur les gars
Les copains qu’on ne connaît pas
Peuvent nous consoler des autres
Le bonheur c’est une habitude
Avec deux cent millions d’amis
On ne craint pas la solitude…
Paul FORT, Ballades françaises, élu en 1912 prince des poètes


