
Vous êtes parfois entre deux eaux (c’est-à-dire que vous hésitez) pour désigner un cours d’eau comme fleuve ou bien rivière.
En terme de géographie
Pour le géographe, un fleuve est, au sens strict, un cours d’eau que viennent grossir d’autres cours d’eaux, – des affluents appelés des rivières-, avant de se jeter dans un océan – l’océan atlantique par exemple – ou dans une mer – la Méditerranée, par exemple. Ajoutons qu’un tout petit cours d’eau s’appelle un ruisseau – à ne pas négliger car, comme on dit:
Les petits ruisseaux font les grandes rivières.
Grammaticalement
Notons que les noms de fleuves sont tantôt du genre masculin: le Rhin est un fleuve qui traverse la France pour une partie seulement, le Rhône, tantôt des noms féminins, la Seine, la Loire et la Garonne qui prend sa source en Espagne.


Les rivières peuvent être de même du genre féminin, la Saône, ou du genre masculin : comme “le Loir”.
Il y de petits fleuves côtiers qui correspondent à la définition géographique du fleuve, comme l’Adour, la Charente, la Somme, que l’on est tenté d’appeler des rivières, sûrement à cause de leur petite taille. Il y a de même de grandes rivières comme la Saône, affluent du Rhône dont elle prend le nom à sa sortie de la ville de Lyon dans un quartier qui s’appelle “la confluence”. L’on voit bien que la dénomination géographique ne dépend pas de la taille du cours d’eau, même si c’est le cas dans l’imaginaire collectif : le masculin, puissant et vigoureux l’emportant sur le féminin, docile et serein.

N’y voyez aucun parti-pris de ma part, mais nous disons “un océan”, “une mer”, “un fleuve”, “une rivière”. La rivière perd son nom en s’unissant au fleuve, comme autrefois l’épouse perdait systématiquement son nom de jeune-fille pour devenir “madame untel”, du nom de son mari, les enfants portant “le nom du père”.
A Lyon, au centre de la place Bellecour trône la statue de Louis XIV en tenue d’empereur romain (sans étriers). De chaque côté de son piédestal sont représentés le Rhône et la Saône.

À l’Ouest du socle, la Saône prend la forme d’une femme allongée sur un lion. Près d’elle, se déverse une corne d’abondance avec les fruits, les légumes et les céréales de la vallée. La Saône paraît douce et paisible.

À l’Est, le Rhône prend la forme d’un homme fort et vaillant, avec une rame à sa main. Sous lui, un lion rugit. Le lion maintient, de sa patte, un poisson et des produits agricoles. Ces attributs évoquent la richesse provenant de la vallée et du fleuve ainsi que la domination des eaux du Rhône.
Ces deux allégories de 1719 ont été réalisées par les frères Nicolas et Guillaume Coustou, sculpteurs lyonnais.
Le vocabulaire et les familles de mots, c’est-à-dire les mots dérivés de la même racine.
Le fleuve a pour adjectif fluvial : une vallée fluviale, les eaux fluviales, un bassin fluvial, des bassins fluviaux, c’est-à-dire le fleuve et ses affluents.
Le flot, les flots : sont des eaux en mouvement
Le flux et le reflux : la montée et la baisse des eaux
La flotte peut désigner l’ensemble des bateaux : des bateaux de guerre ou la flotte marchande, la flotte française. Et aussi, familièrement, l’eau, boire un coup de flotte, tomber à la flotte:
Le bateau a basculé et les matelots sont tombés à la flotte.
Flotter : être porté sur l’eau, sur un liquide. Ou flotter dans l’air: se déplacer au gré du vent.
La rivière et les mots dérivés
La rive : le bord de la rivière
La dérive, au sens propre, c’est partir à la dérive ou perdre le chemin, dériver, s’éloigner du rivage sans direction. Au sens figuré, c’est s’éloigner du sujet, digresser. On dit aussi “noyer le poisson”.
On retrouve la distinction qui s’opère entre les métaphores du fleuve, son impétuosité, sa force et son ampleur… On appelle “un roman fleuve”, un énorme roman en plusieurs volumes qui s’étale sur des années et la vie des mêmes personnages, souvent une saga familiale selon les changements des contextes historiques. Tolstoï, Balzac, Bashevis Singer, Dickens.
Dans la mythologie grecque, le Styx est le fleuve qui sépare le monde des enfers du monde des vivants.
… et de la rivière: “une rivière de diamant désigne” l’abondance précieuse et délicate d’un bijou fait uniquement de diamants.
Les illustrations
Le poète Charles Péguy a mis en vers la majesté des châteaux de la Loire

Le long du coteau courbe et des nobles vallées
Les châteaux sont semés comme des reposoirs,
Et dans la majesté des matins et des soirs
La Loire et ses vassaux s’en vont par ces allées.Cent vingt châteaux lui font une suite courtoise,
Plus nombreux, plus nerveux, plus fins que des palais.
Ils ont nom Valençay, Saint-Aignan et Langeais,
Chenonceau et Chambord, Azay, le Lude, Amboise.Et moi j’en connais un dans les châteaux de Loire
Qui s’élève plus haut que le château de Blois,
Plus haut que la terrasse où les derniers Valois
Regardaient le soleil se coucher dans sa gloire.La moulure est plus fine et l’arceau plus léger.
La dentelle de pierre est plus dure et plus grave.
La décence et l’honneur et la mort qui s’y grave
Ont inscrit leur histoire au coeur de ce verger.
Un film culte
Pour la majorité des gens, “La vie est un long fleuve tranquille” est le titre d’un film français, comédie populaire devenue film culte.
Voici un extrait du film où Marielle Le Quesnoy, femme bien pensante, interpelle sa bonne, Marie-Thérèse, parce que son ventre s’arrondit, or cette dernière soutient farouchement n’avoir jamais couché avec un garçon… mensonge qui exaspère Marielle.
Voici le début de la séquence:
Marielle : Mais enfin, Marie-Thérèse comment avez-vous pu rester cinq mois sans me dire la vérité ? Je voyais bien que votre ventre s’arrondissait…
Marie-Thérèse : Mais madame, je vous jure que j’ai jamais couché avec un garçon !
Marielle : Marie-Thérèse ne jurez pas !Après la crise, Marielle est réconfortée par son fils…
Pierre : Mais Maman, elle est peut-être comme la Vierge Marie /…/ La vie n’est pas un long fleuve tranquille, Maman.


