Françoise Le Roux
Les petits mots oui et si ont différents sens. Ils sont tous les deux positifs.
Oui marque une approbation nette, un engagement tel que le général de Gaulle demandait avant chaque référendum, un oui franc et massif.
Ceci étant dit, il y a des nuances, en fonction de la manière dont on prononce le oui. Si vous voulez exprimer un doute à ce que l’on vous affirme, par exemple: « le prochain gouvernement va baisser les impôts! » vous pouvez réagir en répondant ironiquement
Ah oui ? Ah oui vraiment ?
Si a différents sens
Si peut marquer la condition. Votre voisine est fatiguée. Vous lui proposez votre aide:
Si vous voulez, je peux vous déposer en voiture au marché car je passe devant en allant à mon bureau.
A la boulangerie:
J’aimerais avoir une baguette bien cuite, si possible !
Si peut marquer l’intensité. Les vacances d’été touchent à leur fin sur la plage. Il va falloir rentrer et reprendre le travail, l’école, la routine. Les jours commencent à diminuer. L’automne viendra. Mais peu importe…
Nous avons eu un si bel été !
Si peut marquer une forme de comparaison. (Si… que + imparfait ou plus que parfait). Un copain vous a vivement conseillé d’aller voir un film qu’il a adoré. Vous y allez, mais vous êtes déçu en sortant.
Le film n’était pas si (ou aussi) intéressant qu’on vous l’avait dit.
Si peut être une note de musique. Au xie siècle, un moine italien nommé Guido d’Arezzo emploie la première syllabe de chacun des premiers hémistiches de l’hymne de la liturgie des vêpres de la fête de la Naissance de saint Jean-Baptiste :
UT queant laxis / Pour que puissent
REsonare fibris / résonner les cordes
MIra gestorum / détendues de nos lèvres
FAmili tuorum, / les merveilles de tes actions
SOLve polluti / ôte le péché
LAbii reatum, / de ton impur serviteur,
Sancte Iohannes. / ô Saint Jean.Ut ré mi fa sol la si
Le si, composé des deux initiales du dernier vers de l’hymne, Sancte Iohannes, a été ajouté à la fin du xvie siècle. Le ut a été transformé en do, jugé plus facile à prononcer en solfiant.
Dans les pays de langue romane (France, Italie, Espagne, Portugal, Roumanie), cette appellation s’est imposée face à la notation alphabétique, a b c d e f g utilisée dans les pays germaniques ou anglophones.
Si remplace obligatoirement oui pour donner une réponse positive à une interrogation négative.
Le facteur est-il passé aujourd’hui? Oui.
Le facteur n’est-il pas passé aujourd’hui? Si, il est passé mais il n’avait pas de courrier pour vous.
Une illustration historique
Concernant la guerre d’Algérie, spécialement en 1961, le général de Gaulle a lancé à la radio et à la télévision, un appel en faveur du oui.
Qualifiant le conflit algérien d’absurde et de périmé, le président de la République demande aux Français de voter en faveur de l’arrêt de la Guerre d’Algérie :
Répondre négativement au référendum, c’est refuser que le problème soit jamais résolu par la France. S’abstenir, c’est choisir l’impuissance pour la France. Voter le projet, c’est vouloir que la France puisse gagner en Algérie, pour l’Algérie, avec l’Algérie, la cause de la paix et de la raison.
Ce qui est en question, ajoute-t-il, c’est de viser à obtenir, dans les moindres délais possibles, une confrontation pacifique de toutes les tendances, afin d’organiser librement l’autodétermination. C’est à moi que vous allez répondre, dit en terminant le chef de l’État, qui demande une fois encore au pays un oui franc et massif.
Pour entendre l’intégralité du discours avec les sous-titres, voici le lien:
Une deuxième illustration, moderne
La SNCF (Société nationale des chemins de fer français) détourne l’appellation des TGV (les trains à grande vitesse).
La SNCF a instauré les OuiGo et les InOuï. Les deux étant des TGV offrant des prestations particulières, utilisant habilement le mot oui. Les OuiGo et les InOui.
Guillaume Pépy. Le patron de la SNCF décline le terme Oui. Les marques portent de nombreux sens. Pour OuiGo, c’est une invitation aux amis anglophones (we go). Pour InOui, on pourrait croire qu’il ne s’agit que d’un simple jeu de mot avec l’adjectif inouï ( qui signifie du jamais-vu). Mais c’est bien plus que cela, dit la SNCF:
Le O central évoque le confort et la sérénité. Le mot Oui, la volonté de dire oui. Les lettres NOU portent le pronom « nous » en écho au « rapprochons-nous » du groupe. INO exprime l’innovation et IN veut signifier que le groupe est en phase avec son temps.



