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K comme… le kir

Massif de la Chartreuse © CC Patrice

K comme… le kir

La lettre de Françoise

Françoise Le Roux

Félix Kir, né en 1876, mort en 1968 à Dijon, fut un homme religieux et un homme politique.

En tant que religieux, il avait la fonction de chanoine, c’est-à-dire d’un membre du clergé séculier, non soumis à une règle comme les membres du clergé régulier, soumis, eux, à une règle de vie religieuse précise. 

Séculier désigne le statut d’un religieux qui vit dans le monde, ou, comme on dit aussi, qui vit dans le siècle, au contact de ses concitoyens dans la vie civile. En tant que catholique, un chanoine est chargé d’évangéliser les territoires et d’animer des cultes.  En tant que séculier, le chanoine Kir prit part à la vie politique, il fut résistant au nazisme, et il fut élu maire de Dijon durant 22 ans. 

Ce fut aussi « un bon vivant  » aimant faire bonne chère, c’est-à-dire aimant bien manger, et, en bon Bourguignon, amateur de bons vins. Il devint aussi un promoteur commercial avisé en donnant son propre nom à un apéritif, le kir. Le kir se compose d’un tiers de liqueur de cassis noir de Dijon et de deux tiers de vin de Bourgogne aligoté. 

Sachez que le kir est entré dans le dictionnaire Larousse en tant qu’apéritif en 1976. 

Si l’on utilise du vin de Bourgogne rouge au lieu du vin blanc, toujours avec de la crème de cassis noir, le mélange s’appelle alors un communard, en référence aux membres de la révolte de la Commune de Paris, les Communards, contre le pouvoir en place, en 1871. Ces Communards étaient considérés comme « des rouges », c’est-à-dire des révolutionnaires. 

Si vous mettez du champagne comme vin blanc, on parle alors de kir royal. 

Les moines sont associés depuis des temps immémoriaux à la fabrication des vins et des spiritueux. 

La tradition d’utiliser du vin de messe, symbole du sang du Christ, dans le culte catholique, sacralise son usage. 

Concernant les liqueurs, elles sont traditionnellement  présentées comme étant des sources de bienfaits. Elles sont empreintes de mystères quant à leurs vertus et de secrets quant à leurs fabrications. 

Il est intéressant de retracer les cartes géographiques des monastères où se distillent les élixirs élaborés par les moines, à commencer par Le Chemin des Moines en Bourgogne:

C’est un chemin mythique. Il tire son nom des liens unissant les abbayes de Cîteaux et de Cluny au XIIe siècle. Longeant les crêtes des collines, en épousant le relief de façon à éviter autant que possible les montées et les descentes, ce chemin fut le plus fréquenté de tous par les moines de Cluny. Il rejoint le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle.

Le chemin des moines est aussi le nom donné à une liqueur fabriquée à base de nombreuses plantes médicinales – l’hysope, la verveine, l’angélique, le bourgeon de cassis frais – combinées pour soigner différentes maladies.

La bénédictine, autre liqueur de moines réputée, a été créée par le moine vénitien Dom Bernardo Vincelli à l’abbaye de Fécamp en Normandie.. “C’est en 1550 que ce moine alchimiste et herboriste a distillé un mélange de plantes médicinales, toujours tenu secret à nos jours, pour concocter une liqueur qui titre 40% d’alcool.

La Chartreuse

Le massif de la Chartreuse est un massif montagneux des Préalpes, situé dans les départements de l’Isère et de la Savoie. Il culmine à un peu plus de 2 000 mètres d’altitude. Depuis le xie siècle, des prêtres de l’ordre fondé par Saint Bruno se sont installés dans un monastère, le monastère de la Grande Chartreuse. Les pères chartreux sont tous des prêtres, des prêtres  contemplatifs qui consacrent leur existence à Dieu. Ils vivent autant que possible dans le silence, et se chargent de travaux nécessaires à la vie du monastère. Parmi ces travaux, il y a la préparation de la liqueur de chartreuse, à base de 130 plantes médicinales, élaborée dans un secret bien gardé…  dit-on.

Dans la Revue d’histoire de la pharmacie, il est écrit que « l’élixir végétal de la Grande Chartreuse est bon pour la digestion, comme vermifuge, contre les syncopes, l’asphyxie, l’épilepsie, les fièvres, la typhoïde, le choléra, le mal de mer… »

De nos jours, on proclame plus sobrement la chartreuse verte et sa variante la chartreuse jaune comme digestifs et tonics efficaces. 

La chartreuse connaît un succès phénoménal, tant et si bien que les moines, ayant fait vœu de pauvreté, limitent de nos jours scrupuleusement la quantité de production de leur élixir.

Une illustration : la bourguignonne

La Bourgogne, terre de vignes et de bons vins, fait la fierté de ses habitants appelés les Bourguignons. Les grands et les petits Bourguignons chantent leur hymne local, la Bourguignonne, de tout leur cœur. 

Au pied d’une vigne,
Je naquis un jour. (je suis né -verbe naître- est au passé-simple)
D’une mère digne, (la mère patrie)
De tous mes amours.
Depuis ma naissance,
Elle m’a nourri,
En reconnaissance,
Moi je la chéris. (verbe chérir)
Joyeux enfant de la Bourgogne,
Je n’ai jamais eu de guignon. (de guigne, de malchance)
Quand je vois rougir ma trogne (ma figure, mon visage)
Je suis fier d’être bourguignon.
Et suis fier, et je suis fier,
et je suis fier d’être bourguignon.

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