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Accueil / Podcasts / La lettre de Françoise / O comme… ô
O comme… ô

© Domaine public Alphonse de Lamartine (1831), par François Gérard

O comme… ô

La lettre de Françoise

Françoise Le Roux

L’on utilise ô pour s’adresser directement à quelqu’un, ou pour magnifier, c’est-à-dire pour mettre l’empĥase sur quelque chose. Ô n’est pas directement suivi d’un point d’exclamation, c’est la chose invoquée qui est suivie du point d’exclamation.

Ce ô s’appelle le ô vocatif. On le prononce en arrondissant les lèvres, et, puisqu’il s’agit d’emphase, de démesure, de grands mots pour exprimer de grands sentiments,  on le prononce solennellement: Ô Ô Ô Ô

Il se prête à la poésie, par exemple.

Alphonse de Lamartine (1790 – 1869)  l’emploie dans l’un de ses poèmes fameux, Le lac. 

Ô temps, suspends ton vol ! et vous, heures propices, suspendez votre cours ! Laissez-nous savourer les rapides délices des plus beaux de nos jours !
(Le poème est très long…)

En ce qui concerne la prononciation du o, il est bon d’ajouter qu’il existe des o ouverts et des o fermés.

Pierre de Ronsard (1524 – 1585) a écrit un poème, grand classique, dédié À Cassandre, Mignonne (‘o’ ouvert), allons voir si la rose… (‘o’ fermé).

(Le poète engage une jeune fille à profiter de sa jeunesse car la jeunesse est éphémère.) 

Mignonne, allons voir si la rose
Qui ce matin avait éclose (épanoui, ouvert)
Sa robe de pourpre au Soleil,
A point perdu cette vesprée*
Les plis de sa robe pourprée,
Et son teint au vôtre pareil.

vesprée* – (c’est l’équivalent de ‘ce soir ’; les Vêpres (vespres en vieux français) font partie des Heures de l’Office divin, c’est la prière solennelle du soir)

Las ! voyez comme en peu d’espace, (hélas ; du matin au soir)
Mignonne, elle a dessus la place (par terre)
Las! ses beautés laissé choir (laissé tomber)
Ô vraiment marâtre Nature ! (marâtre = mauvaise mère)
Puisqu’une telle fleur ne dure
Que du matin jusqu’ au soir.

Donc, si vous me croyez, mignonne,
Tandis que votre âge fleuronne (= est dans sa plus grande beauté, fleurit)
En sa plus verte nouveauté,
Cueillez, cueillez votre jeunesse :
Comme à cette fleur la vieillesse
Fera ternir votre beauté.

Ainsi, nous avons dans ce poème de Ronsard plusieurs exemples de o fermés (la rose, éclose, Ô marâtre nature, son teint au vôtre pareil) et plusieurs exemples de o ouvert (mignonne, fleuronne, votre); votre étant l’adjectif possessif adjoint au nom votre âge, tandis que le vôtre est le pronom possessif qui remplace le nom ici, le teint (son teint au vôtre pareil).

Quoiqu’il en soit, le ô chapeauté (c’est-dire le ô surmonté d’un petit chapeau) se prononce toujours fermé. 

Voici enfin un exemple, peut-être le plus connu, pris dans le texte de Pierre Corneille, Le Cid. 

Pierre Corneille (1606-1684) est un dramaturge du XVIIᵉ siècle. 

Monologue de Don Diègue, dans le Cid de Corneille (Acte I, scène 4)

Don Diègue vient d’être provoqué en duel, mais il est vieux. Il se désole… 

Don Diègue
Ô rage ! Ô désespoir ! Ô vieillesse ennemie !
N’ai-je donc tant vécu que pour cette infamie ?
Et ne suis-je blanchi dans les travaux guerriers
Que pour voir en un jour flétrir tant de lauriers ?
Mon bras, qu’avec respect toute l’Espagne admire,
Mon bras, qui tant de fois a sauvé cet empire,
Tant de fois affermi le trône de son roi,
Trahit donc ma querelle, et ne fait rien pour moi ?
Ô cruel souvenir de ma gloire passée !
Œuvre de tant de jours en un jour effacée !

(Le fils de Don Diègue, le Cid, c’est-à-dire le chef, le seigneur, viendra lui sauver la mise, c’est-à-dire viendra sauver son honneur en se battant en duel à sa place)

Bien que les exemples précités viennent des siècles passés, l’expression ô combien ! se place toujours à notre époque, seule ou en fin de phrase, et parfois ironiquement. Elle est alors suivie du point d’exclamation directement. Elle signifie extrêmement pour renforcer un accord.

– Vous avez aimé les JO de Paris? 
– Ô combien ! (dans un sens laudatif, élogieux)
– Oui, nous les avons supportés, ô combien ! 

(Car cela peut être à double sens, supporter signifiant à la fois encourager, ou être contraint de subir ; alors c’est ironique.)

Et voici, en illustration, une lecture saisissante du poème d’Alphonse de Lamartine, Le Lac, par Serge Reggiani.

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N comme… personne ou une personne

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