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P comme… s’apercevoir que l’on a encore des choses à apprendre

Patachou 5 May 1961 © Creative Commons Wim van Rossem / Anefo

P comme… s’apercevoir que l’on a encore des choses à apprendre

La lettre de Françoise

Françoise Le Roux

En grammaire

Il existe dans le vocabulaire une quarantaine de verbes qui commencent par ap.

Concernant l’orthographe, la règle d’écriture est que ces verbes prennent 2 p, comme par exemple apparaître, faire une apparition, applaudir, donner des applaudissements, apprécier, faire ou donner une appréciation, approfondir une question, c’est examiner la question ou le problème en profondeur, avec minutie. Ces verbes sont nombreux.

Le ministre du budget est apparu brièvement à la tribune de l’Assemblée nationale pour annoncer de bonnes nouvelles concernant la croissance du pays. Il a été longuement applaudi par les députés qui ont apprécié son discours évidemment.

Il y a toutefois des exceptions. Comme on dit familièrement, ce sont les exceptions qui confirment la règle: un petit nombre de verbes commençant par ap ne double pas le p. Il faut les connaître car ils sont usuels.

Ce sont les verbes:

apercevoir – aplanir – aplatir – apeurer – apaiser – apitoyer – apostropher

Qui plus est, ces verbes ont des sens différents lorsqu’ils sont employés dans des domaines différents. Voici une bonne occasion d’enrichir son vocabulaire.

Apercevoir quelqu’un ou quelque chose, c’est voir brièvement, plus ou moins nettement.

Je vous ai vaguement aperçu dans la foule à la réunion hier soir, mais vous étiez en conversation avec plusieurs personnes et je n’ai pas osé aller vous interrompre.

Apercevoir avec le sens de comprendre.

Vos arguments sont complexes et je n’aperçois pas la totalité de votre raisonnement. Je ne vois pas clairement où vous voulez en venir?

S’apercevoir de quelque chose, ou s’apercevoir que quelque chose arrive, c’est se rendre compte de quelque chose, constater, réaliser que quelque chose se produit. S’apercevoir soudainement, ou après un examen approfondi.

Au moment de payer je me suis aperçu(e) que je n’avais pas mon portefeuille sur moi. C’était embarrassant.

ou

Excusez-moi, je dois partir. J’aimerais rester plus longtemps en votre compagnie, mais je m’aperçois que l’heure tourne et j’ai un train à prendre.

ou

Après des travaux scientifiques poussés, les chercheurs se sont aperçus que le virus pouvait être extrêmement dangereux.

Arrêtons-nous sur la conjugaison

Il est intéressant de savoir que le participe passé de s’apercevoir s’accorde avec le sujet dans ces trois cas d’emploi :

S’apercevoir avec le sens de ‘se rendre compte’

S’apercevoir avec le sens de ‘se rendre compte’ est dit essentiellement pronominal, c’est-à-dire qu’il n’existe dans ce sens particulier qu’à condition d’être pronominal, donc toujours précédé d’un pronom personnel et que l’accord du participe passé se fait avec le sujet du verbe:

Ils se sont aperçus de leur erreur.
Ils se sont rendus compte de leur erreur.
Elles se sont aperçues qu’elles faisaient une erreur.

S’apercevoir = « apercevoir son image »

Elle s’est aperçue dans la glace.

S’apercevoir = « avoir son image » (dans un miroir, dans l’eau, etc.) C’est un verbe pronominal réfléchi. Le verbe a le sens de ‘apercevoir soi dans la glace’. Mais on ne dit pas apercevoir soi, on dit s’apercevoir.

S’apercevoir = « se voir mutuellement »

Elles se sont aperçues de loin.

S’apercevoir = « se voir mutuellement ». Pronominal réciproque. Chacune des personnes aperçoit l’autre.

Apitoyer quelqu’un, c’est faire pitié à quelqu’un, provoquer de la pitié chez quelqu’un, émouvoir quelqu’un.

Le petit chat abandonné m’a apitoyé(e), je l’ai pris dans mes bras et je l’ai recueilli sans hésiter.

Cet élève est paresseux; il a raté son examen final. Il a bien essayé d’apitoyer son professeur en disant qu’il avait été fatigué, mais ça n’a pas marché. Le professeur s’est montré impitoyable.

Apeurer, c’est provoquer la peur, inquiéter; être apeuré, c’est avoir peur, être effrayé, être apeuré comme le petit chat abandonné mentionné ci-dessus.

Apaiser, c’est à l’opposé calmer:

Prendre un médicament pour apaiser la douleur.

C’est aussi par exemple:

Apaiser un bébé qui pleure en lui chantant une berceuse

Aplanir, aplanir un terrain accidenté pour construire une maison, passer un rouleau compresseur pour que toutes les parties du terrain soient sur le même plan, au même niveau. Mais pas que! On dit aussi :

Aplanir les difficultés

c’est faire en sorte que les difficultés soient minimisées. De même,

Les services de santé cherchent à aplanir les inégalités sociales.

Aplatir quelque chose, c’est rendre moins volumineux, dégonfler, écraser, rendre plus plat et plus mince.

S’aplatir peut aussi avoir le sens de s’humilier, s’aplatir devant le pouvoir, devant un chef.

Apostropher quelqu’un, c’est appeler ou interpeller quelqu’un d’une manière désagréable, insultante.

Moins courants, utilisés dans des secteurs bien spécifiques, nous avons les verbes

Apostiller un document – faire apostiller un document.

L’apostille est le nom donné à la certification des documents officiels par les autorités compétentes. C’est une validation officielle.

Apurer : Ce verbe appartient au vocabulaire des finances et de l’économie.

On apure les comptes d’une société

on en confirme l’exactitude après vérification. On apure aussi une créance, une dette en la remboursant et en mettant ainsi les comptes en ordre.

La prononciation de la lettre p

Le p est une consonne appelée plosive ou occlusive. On le prononce en expirant l’air de manière plus ou moins sonore, très marquée en anglais, peu marquée en français. Le terme ‘plosive’ évoque un genre d’explosion. C’est une difficulté de prononciation qui n’est facile à surmonter ni pour les francophones ni pour les anglophones. Écoutez!

Le point / the point.

Ce n’est pas très convaincant, écoutez donc un natif anglophone:

Le point / the point.

Robert Desnos

Étudiez plutôt mon français dans la lecture d’un poème de Robert Desnos.

Robert Desnos (4 juillet 1900 – 8 juin 1945) est un poète, écrivain, journaliste. Influencé notamment par Nerval et Baudelaire, il écrit principalement des textes poétiques. Paul Éluard a dit de lui:

De tous les poètes que je connaissais, Desnos était le plus immédiat, le plus libre.

À six ou sept ans, Desnos dessinait d’étranges formes sur ses cahiers. L’enfant se rêvait enfant libre. Pourquoi pas?

La Fourmi

Une fourmi de dix-huit mètres
Avec un chapeau sur la tête
Ça n’existe pas, ça n’existe pas.
Une fourmi traînant un char
Plein de pingouins et de canards,
Ça n’existe pas, ça n’existe pas.
Une fourmi parlant français,
Parlant latin et javanais
Ça n’existe pas, ça n’existe pas.
Et pourquoi pas ?

Brassens et Patachou

Pourquoi ne pas rester dans la nostalgie de l’enfance avec Georges Brassens et la chanteuse Patachou qui ouvre, en 1948, rue du Mont-Cenis un restaurant où elle engage des artistes pour faire du spectacle. Georges Brassens y débute en 1952.

Maman, Papa

Maman, maman, en faisant cette chanson,
Maman, maman, je redeviens petit garçon,
Alors je suis sage en classe
Et pour te faire plaisir,
J’obtiens les meilleures places,
Ton désir.
Maman, maman, je préfère à mes jeux fous,
Maman, maman, demeurer sur tes genoux,
Et, sans un mot dire, entendre tes refrains charmants,
Maman, maman, maman, maman.
Papa, papa, en faisant cette chanson,
Papa, papa, je redeviens petit garçon,
Et je t’entends sous l’orage
User tout ton humour
Pour redonner du courage
A nos cœurs lourds.
Papa, papa, il n’y eut pas entre nous,
Papa, papa, de tendresse ou de mots doux,
Pourtant on s’aimait, bien qu’on ne se l’avouât pas,
Papa, papa, papa, papa.
Maman, papa, en faisant cette chanson,
Maman, papa, je redeviens petit garçon,
Et, grâce à cet artifice,
Soudain je comprends
Le prix de vos sacrifices,
Mes parents.
Maman, papa, toujours je regretterai,
Maman, papa, de vous avoir fait pleurer
Au temps où nos cœurs ne se comprenaient encore pas,
Maman, papa, maman, papa.

Mon p’tit loup

La chanson suivante est de Pierre Perret. Écrite en 1976, la première version de la chanson Mon p’tit loup est d’abord destinée à une jeune fille violée. Pierre Perret modifiera finalement le texte, pour qu’il devienne universel.

T’en fais, pas mon p’tit loup,
C’est la vie, ne pleure pas.
T’oublieras, mon p’tit loup,
Ne pleure pas.
Je t’amènerai sécher tes larmes
Au vent des quatre points cardinaux,
Respirer la violette à Parme
Et les épices à Colombo.
On verra le fleuve Amazone
Et la vallée des Orchidées
Et les enfants qui se savonnent
Le ventre avec des fleurs coupées.
T’en fais, pas mon p’tit loup,
C’est la vie, ne pleure pas.
T’oublieras, mon p’tit loup,
Ne pleure pas.
Allons voir la terre d’Abraham.
C’est encore plus beau qu’on le dit.
Y a des Van Gogh à Amsterdam
Qui ressemblent à des incendies.
On goûtera les harengs crus
Et on boira du vin de Moselle.
Je te raconterai le
succès que j’ai eu
Un jour en jouant Sganarelle.
T’en fais, pas mon p’tit loup,
C’est la vie, ne pleure pas.
T’oublieras, mon p’tit loup,
Ne pleure pas.
Je t’amènerai voir Liverpool
Et ses guirlandes de Haddock
Et des pays où y a des poules
Qui chantent aussi haut que les coqs.
Tous les livres les plus beaux,
De Colette et de Marcel Aymé,
Ceux de Rabelais ou de Léautaud,
Je suis sûr que tu vas les aimer.
T’en fais, pas mon p’tit loup,
C’est la vie, ne pleure pas.
T’oublieras, mon p’tit loup,
Ne pleure pas.
Je t’apprendrai, à la Jamaïque
La pêche de nuit au lamparo
Et je t’emmènerai faire un pique-nique
En haut du Kilimandjaro
Et tu grimperas sur mon dos
Pour voir le plafond de la Sixtine.
On sera fasciné au Prado
Par les Goya ou les Menine.
T’en fais, pas mon p’tit loup,
C’est la vie, ne pleure pas.
T’oublieras, mon p’tit loup,
Ne pleure pas.
Connais-tu, en quadriphonie,
Le dernier tube de Mahler
Et les planteurs de Virginie
Qui ne savent pas qu’y a un hiver.
On en a des choses à voir
Jusqu’à la Louisiane en fait
Où y a des types qui ont tous les soirs
Du désespoir plein la trompette.
T’en fais pas, mon p’tit loup,
C’est la vie, ne pleure pas.
Oublie-les, les p’tits cons
Qui t’ont fait ça.
T’en fais pas, mon p’tit loup,
C’est la vie, ne pleure pas.
Je t’en supplie, mon p’tit loup,
Ne pleure pas.

Et voici une autre version :

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