Dans l’alphabet
Pour marquer la surprise… Or la surprise, pour les contemporains ayant appris l’alphabet de 26 lettres, a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o, p, q, r, s, t, u, v, w, x, y, z, la surprise est d’apprendre que le w (double v) est entré tardivement dans le dictionnaire de français, sa première apparition datant de 1951 dans le dictionnaire Larousse, le dictionnaire Robert l’ayant quant à lui intégré en 1964.
Pour en revenir à l’effet de surprise Waouh!, venu de l’anglais, il s’écrit de mille manières, Waooh! Wahoo! Wow! Question d’appréciation et de modulation. Wahooo! c’est un mot ordinaire pour une expérience extraordinaire indicible qui vous laisserait presque sans voix : c’est ça, l’effet Waouh, c’est aller au-delà de la promesse.
La première lettre est dite double U en anglais, et double V en français. De fait le double v français transcrit des mots d’origine anglo-saxonne prononcés à l’anglaise comme le week-end, ou bien des mots prononcés à la manière des langues germaniques, par exemple der Wagen, la voiture, d’où la marque Volkswagen, c’est-à-dire la voiture populaire, ce qui donne en français la prononciation du mot le wagon.
Dans la pratique
Les mots ont été assignés à des objets spécifiques. Dans la pratique il est utile de distinguer entre un wagon et une voiture en ce qui concerne le vocabulaire ferroviaire moderne pour prendre le train.
Les wagons transportent les marchandises et les animaux tandis que les voitures sont pour les passagers: même si l’on parle encore des wagons restaurants en souvenir de la Belle Epoque et des trains de luxe mythiques, tel l’Orient-Express; même si l’on parle encore du wagon de l’armistice, où en 1918 et en 1940 des armistices sont signés, dans le même wagon au même endroit exactement, mais selon des rapports de force différents (les Allemands perdants en 1918, les Français perdants en 1940).
Puisse la toute dernière commémoration à Rethondes par Angela Merkel et Emmanuel Macron être la bonne! La chancelière allemande Angela Merkel et le président français Emmanuel Macron déposent une gerbe à Rethondes le 10 novembre 2018 dans le cadre des commémorations du centenaire de l’armistice de la Première guerre mondiale. «Plus jamais ça!» clamaient les contemporains de celle que l’on appelle La Grande Guerre. Plus jamais ça!
Un peu plus d’histoire de France
En mettant en avant l’esprit cosmopolite de la lettre double v, ou double u, on ne saurait donner meilleure illustration que l’activité philanthropique de Sir Richard Wallace.

Richard Wallace, 1ᵉʳ baronnet, est né à Londres le 26 juillet 1818 et mort à Neuilly-sur-Seine le 20 juillet 1890. C’est un homme riche, collectionneur, philanthrope et membre du parlement britannique. Il aime Paris où il vit, dans le luxe.
Pendant la guerre de 1870 déclarée par Napoléon III contre la Prusse, Paris souffre. La proclamation de la République, la révolte de la Commune de Paris, les bombardements des Prussiens, la défaite qui laisse l’Alsace-Lorraine à ces derniers, sont des événements destructeurs.
Des organismes apportent des aides, la Croix-Rouge, l’Armée du salut, et des philanthropes comme Richard Wallace qui utilise sa fortune. Durant la guerre il procure au 13e corps d’armée des ambulances, il fait distribuer de la nourriture, il aide les familles sans logement, il installe un hôpital au rez-de-chaussée de son hôtel particulier boulevard des Italiens et crée le Hertford British Hospital pour les Anglais pauvres de Paris.
Sa mémoire reste particulièrement implantée dans la construction de fontaines publiques : les fontaines Wallace.
Il faut savoir qu’à la suite du siège de Paris et de la Commune, les aqueducs qui alimentent Paris sont détruits, et le prix de l’eau est augmenté. De nombreux pauvres gens se trouvent dans l’impossibilité d’en trouver gratuitement. Encore aujourd’hui, où l’eau et l’hygiène ne sont pas un problème pour la grande majorité des Parisiens, ces fontaines sont souvent les seuls points d’eau gratuits pour des personnes comme les SDF (les Sans Domiciles fixes).

Au pied des sculptures en bronze sont fixés dans la pierre des gobelets enchaînés pour boire facilement sans perdre le récipient. Tout est prévu!

Ces fontaines ont aussi la fonction artistique d’embellir Paris.
George Brassens fait résonner les fontaines Wallace, lui prononce Vallace, dans une chanson Le Bistrot, où la patronne est ravissante, faisant le pari gagné d’avance, que l’on doit être touché par sa grâce, tellement sûr de lui qu’il parie de boire entièrement l’eau, inépuisable, de toutes les fontaines publiques si quelqu’un ne l’est pas :
Que que je boive à fond l’eau de toutes les fontaines Wallace, si dès aujourd’hui tu n’es pas touché par la grâce de cette jolie fée qui d’un bouge a fait un palace.
Voici donc Le Bistrot:
Dans un coin pourri
Du pauvre Paris,
Sur une place,
L’est un vieux bistrot
Tenu pas un gros
Dégueulasse.
Si t’as le bec fin,
S’il te faut du vin
De première classe,
Va boire à Passy,
Le nectar d’ici
Te dépasse.
Mais si t’as le gosier
Qu’une armure d’acier
Matelasse,
Goûte à ce velours,
Ce petit bleu lourd
De menaces.
Tu trouveras là
La fine fleur de la
Populace,
Tous les marmiteux,
Les calamiteux
De la place.
Qui viennent en rang,
Comme les harengs,
Voir en face
La belle du bistrot,
La femme à ce gros
Dégueulasse.
Que je boive à fond
L’eau de toutes les fon-
taines Wallace,
Si, dès aujourd’hui,
Tu n’es pas séduit
Par la grâce
De cette jolie fée
Qui, d’un bouge, a fait
Un palace
Avec ses appas,
Du haut jusqu’en bas,
Bien en place.
Ces trésors exquis,
Qui les embrasse? Qui
Les enlace?
Vraiment s’en est trop
tout ça pour ce gros
Dégueulasse.
C’est injuste et fou
Mais que voulez-vous
Qu’on y fasse?
L’amour se fait vieux
Il n’a plus les yeux
bien en face.Si tu fais ta cour
Tâche que tes discours
ne l’agacent
Sois poli mon gars
Pas de geste ou gare
à la casse.
Car sa main qui claque
punit d’un flic-flac
Les audaces.
Certes il n’est pas né
Qui mettra le nez
Dans sa tassePas né le chanceux
qui dégèlera ce
bloc de glace
Qui fera dans le dos
Les cornes à ce gros
dégueulasse.
Dans un coin pourri
Du pauvre Paris,
sur une place
Une espèce de fée
d’un vieux bouge a fait
un palace


