Version Ralentie
Ah Paris… Bienvenue à Paris, dans le métro bondé où les gens font la tête. Paris, c’est aussi un accent que tous les Français savent reconnaître dès la première phrase.
Ah Paris… Welcome to Paris, to the crowded metro where people have long faces. Paris is also an accent that all French people can recognise from the first sentence
-En général, je n’ai même pas besoin de dire que je suis de Paris, puisqu’on me le dit avant, donc tout le monde s’en aperçoit. Je sais pas pourquoi ; parce que moi, j’ai pas d’accent ! On est les gens de la capitale, on n’est pas trop bien vus, au début, et puis après, ça se passe. On fait connaissance et puis, tout va bien. Les gens nous prennent pour des gens prétentieux et, je sais pas, on n’est pas les maîtres du monde ; mais, bon, un peu quand même ! Les clichés ? Les Parisiens, c’est des sauvages, ils ne savent pas conduire, ils sont excités, ils sont égoïstes, enfin bon, un peu tout ça, quoi. C’est les clichés de la ville, quoi. Pas que de Paris. Mais je suis parti huit ans en Bretagne, quand même, et puis on est revenu, parce que ce qui me manquait, c’était le travail, entre autres… Non mais, j’aime bien aller me balader, quand je vois Montmartre, je suis bien content. Je sais pas. Quand je vois la Tour Eiffel en rentrant de vacances, je sais que je suis arrivé, quoi.
-In general, I do not even need to say that I am from Paris, as they tell me right away, so everyone is aware of it. I don’t know why; because personally, I do not have an accent! We are the people from the capital, we’re not seen too well at first and then later things are fine. They get to know us and then everything is fine. People take us as pretentious people and, I don’t know, we’re not the masters of the universe; a little maybe! The stereotypes? Parisians, they’re wild, they do not know how to drive, they are excitable, they are selfish, well fine, a little of all that all right. These are the stereotypes of the city. Not just Paris. But I was in Brittany for eight years however and then we came back because what I missed was the work, among other things… Well I really like going for a walk and when I see Montmartre, I am happy. I don’t know. When I see the Eiffel Tower when I come back from vacation, I know that I’ve come home.
Retour au Moyen-âge,
Go back to the middle-ages,
Ressors les chevaux, les haches,
Get out the horses, the axes,
Les épées, les mauvaises pages,
The swords, the bad pages
De l’histoire dans le son,
From history in sound,
Celles qui font peut-être tâche,
Those which are maybe a stain,
Justement, prendre conscience
Precisely, raise awareness
Des solides points d’attache,
Of solid bonding points,
Bouleverser à l’arrache,
Suddenly turn things over
Fais des guets, à peine alarmant,
Be on the lookout, hardly alarming
On trouve le temps d’en rire,
Find the time to laugh about it
Le topo, garde le sourire,
Get the picture, keep smiling
L’espace d’un instant.
For an instant.
C’est l’accent des jeunes banlieusards, une manière de parler entre soi sans être compris des adultes, une identité. Des jeunes de la périphérie de Paris ont choisi de faire un dictionnaire pour aider les autres Français à les comprendre. Dans leur langage quotidien, ils ont trouvé des mots d’argot du XIIIe siècle et des expressions venues des quatre coins du monde.
It is the accent of the young from the suburbs, a way of talking amongst themselves without being understood by adults, an identity. Some young people from the edge of Paris have chosen to make a dictionary to help other French people to understand them. In their everyday speech they have found words from the slang of the XIII century and expressions from the four corners of the world.
-En fait, c’est un langage de jeunes. C’est un langage crypté. C’est un argot, qui a toujours existé, enfin il y a toujours eu des argots, de tout temps et ça associe des argots à un langage de jeune parce que ça parle de quoi ? De filles, de garçons, des études, des choses, des rêves et des choses comme ça. Et c’est vraiment… On a voulu garder la notion de cryptage, c’est vraiment fait exprès pour pas se faire comprendre mais dès qu’on veut se faire comprendre comme aujourd’hui, donc j’adapte un nouveau style de langage et puis voilà je me fais comprendre. Mais c’est vraiment pour garder une part d’intimité et oui, on peut se reconnaître comme ça. C’est vrai qu’on parle comme ça entre nous, entre pairs, mais c’est vraiment… Si j’entends un autre jeune qui parle comme ça, je vais savoir qu’il vient des cités. Ouais, si c’est vrai qu’on a un accent. On l’entend et même, je sais même pas si, quand je parle avec vous comme ça, de toute façon, je sais pas, peut-être qu’il ressort, je sais pas, je fais pas attention. C’est comme quand on dit aux Marseillais qu’ils ont un accent, eux, ils nous disent : « Non, c’est les Parisiens qui ont un accent. » Un accent, c’est vrai que c’est difficile parce qu’on a toujours grandi avec, il y a une façon de parler, il y a une intonation, il y a des aigus, des graves. Nous, dans les quartiers, on n’arrive pas comme dans Paris. En règle générale, dès qu’on sort de chez soi à Paris, on est tout de suite sur le trottoir, dans la rue, alors que chez nous, les cités sont faites d’une façon, que quand on descend, il y a une place, et là, on se retrouve et quand on parle, on parle fort, des choses comme ça, donc, je pense que c’est de là qu’on a appris à plus parler fort, à monter dans les aigus, dans les graves, des choses comme ça. Il y a beaucoup de variantes. Je sais pas comment ça s’est véhiculé, mais c’est vrai que quand on va dans une autre banlieue, c’est partout la même. Cette façon, enfin, cet « accent », enfin, entre guillemets, cet accent est partout le même. Sur un mot, on appuie sur la même syllabe, des choses comme ça. Et ça, je ne saurais expliquer pourquoi, peut-être aussi parce que les rappeurs, aussi, véhiculent beaucoup de mots, donc peut-être eux, dans leurs chansons appuient sur telle ou telle syllabe et nous, on reprend ça, et quand on le parle entre nous, quand on le sort entre nous, donc ça va être la même façon. Mais sinon, je sais vraiment pas pourquoi on a tous le même «accent», entre guillemets.
-In fact, it’s a language for young people. It’s a secret language. It’s slang, which has always been around, as there has always been slang from every time, and slang is associated with the language of youth because, what’s it talking about? About girls, about boys, about school, about things, about dreams, and thinks like that. It’s really… We wanted to keep it a coded language, it’s really been done deliberately so as to make it not understood, but as soon as I want to be understood like today, then I change to a new way of speaking , and then you see, I make myself understood. It’s really to keep things between us, so we can recognise each other like that. It’s true that we speak like that amongst ourselves, in twos, but it’s true… If I hear another young person who speaks like that, I know immediately that he’s from the city. Yeah, so it’s true that we have an accent. We hear it and then, I don’t know even if, when I speak to you like that, anyway, I don’t know, perhaps it comes out, I don’t notice. It’s like when we say to the people from Marseilles that they have an accent, they say to us “No, it’s the people from Paris who have an accent”. An accent, it’s true that it’s difficult, because we have always grown up with it, it’s a way of talking, it’s a sort of intonation, high-pitched sounds, low-pitched sounds. Folks like us in the suburbs, we’re not like those in the centre. As a general rule, as soon as you leave your place in Paris, you’re right away on the sidewalk, on the street, whereas at our place, the housing is constructed in such a way that when you go down, there’s room there, and it’s there where we meet, and when we speak, we speak loudly, things like that, so I think that it is how we have learned to speak more loudly, to magnify the high-pitched and low-pitched sounds, things like that. There are a lot of ways of saying things. I don’t know how it moves around but what’s for sure is that when we go to another area it’s the same all over. This way, well, this “accent”, well, in inverted commas, this accent is like that everywhere. On some words we emphasize the same syllable, things like that. So I don’t know how to explain maybe it’s because the rappers, they get the words around, so maybe it’s them, in their songs, stressing such and such a syllable as then we take it up and when we talk among ourselves, when it comes out among ourselves, well it’s going to be like that. So other than that, I don’t know why we all have the same “accent” in inverted commas.
Je commence le voyage initiatique
I’m starting the journey of initiation
Le tour du monde en 80h jours
Around the world in 80 days
Condition sine qua non
A necessary condition
Finis ce que t’as commencé,
Finish what you started,
Ou c’est sans commentaire,
Or it doesn’t merit commentary,
N’en parle pas,
Don’t talk about it,
Je comprends pas, comment ne pas se taire ? S’auto censurer…
I don’t understand, how not to be quiet? Censure yourself…
Remettre les pieds sur terre
Get your feet back on the ground
Quelques Parisiens, campagnards et banlieusards
Il y a Paris, il y a la province. Il y a les Parisiens (dites-le bien fort ‘je suis parisien’) et il y a les provinciaux (un ton au-dessous). Il y a ‘le parisianisme’. Mais encore? Alors, pour répondre, il y a la définition du Grand Robert de la langue française, un dictionnaire de référence. Nous y lisons “Parisianisme : Particularité de langage et de moeurs propre aux Parisiens. Caractère de ce qui est ‘bien parisien’, c’est-à-dire ce qui concerne la vie mondaine de Paris. Le parisianisme littéraire, intellectuel, de Saint-Germain-des-Prés.” A croire que le faiseur de définition est ‘bien Parisien’. Dans le site de Wikipédia on prend moins de gants1 et on nous en dit un peu plus long sur ce complexe -de supériorité pour les uns, d’infériorité pour les autres selon que l’on est Parisien ou non : “Le parisianisme est une mentalité sinon un système de pensée qui tend à hiérarchiser la qualité des événements, productions artistiques, mais aussi des écoles, voire des personnes et de leur niveau culturel et intellectuel selon qu’ils se situent à Paris ou dans le reste de la France (désigné sous le terme de province, du latin pro vincia, les vaincus…)” Ah! Ah!
There’s Paris, there’s the provinces. There are the Parisians (say it out loud “I’m a Parisian”) and there are the provincials (in an undertone). There’s Parisianism. What was that? To reply, there’s the definition in the “Grand Robert de la langue française”, an authoritative dictionary. We read there: “Parisianism: a particular language and set of customs specific to Parisians. The nature of what is “typically Parisian”, that’s to say that concerns the socialite life of Paris. Literary and intellectual Parisianism, around Saint-Germain-des-Prés.” Which leaves you thinking that the creator of the definition is “typically Parisian”. On the internet site Wikipedia they take off the kid gloves and describe in a little bit more length this complex – superiority for some, inferiority for others, depending on whether you are Parisian or not: “Parisianism is a mentality if not a system of thought that tends to place in a hierarchy the quality of events, artistic productions, but also schools, even people and their cultural and intellectual level, according to whether they are situated in Paris or in the rest of France (termed as the provinces, from the Latin pro vincia, the conquered ones…)”. Ha, ha…
Au rapport Parisien / Provincial s’ajoute le rapport citadin / campagnard. C’est une joute permanente, source de plaisanteries entre Français, quand ce n’est pas une vraie rivalité à la campagne, dans les villages où viennent en vacances les petits Parisiens pour se mettre au vert et respirer l’air pur dans la famille, ‘au pays’ comme on dit. En effet beaucoup de Parisiens ont des origines campagnardes. Leurs parents ou leurs grands-parents sont ‘montés’ à Paris pour trouver un emploi – comprenez ‘monter’ comme le fonctionnement de l’ascenseur social.
To the relationship Parisian/Provincial, has to be added the relationship city-dweller / country-dweller. It’s a permanent jousting battle, a source of jokes among French people, when it’s not a matter of serious rivalry in the countryside, in the villages where the little Parisians come for their holidays to enjoy the greenery and breathe the pure air with the family, ‘au pays’ as people put it. In fact lots of Parisians have country origins. Their parents or their grandparents had “gone up” to Paris to find work – understand the sense of “gone up” as climbing the social ladder.
Si t’es un provincial
If you’re from the Provinces
Que tu cherches du boulot
And you are looking for work
Va à la capitale
Go to the capital
Et deviens un Parigot
And become a Parigot
Tu seras comme les copains
You will be like friends
De partout de la France
From all over France
Et tu feras le malin
And you’ll show off
Quand tu reviens en vacances
When you come back on holiday
Le roi c’est leur cousin
The King is their cousin
Parisiens, têtes de chiens
Parisians, dogs’ heads,
Nous prennent pour des péquenots
They treat us like peasants,
Parigots, têtes de veaux
Parigots, veals’ heads
Et tandis que les petits Parisiens excitent la vindicte des petits ‘péquenots'(comprenez ‘paysans,) parce qu’ils connaissent la Tour Eifel pour de vrai, ils ignorent d’où viennent les oeufs et le lait, et comment s’accouplent les chiens, les vaches, les enfants de chez nous, au parfum2 de toutes ces choses naturelles, se vengent en scandant les rimes ancestrales : “Parisiens, têtes de chiens, Parigots, têtes de veaux!”.
And while the little Parisians arouse the vindictive spirit of the little peasants, because they’ve seen the Eiffel Tower for real, they don’t know where eggs and milk come from or how dogs and cows mate, the children of the earth, knowledgeable about all these natural things, avenge themselves by chanting the ancestral rhyme: “Parisiens, têtes de chiens, Parigots, têtes de veaux!”.
Les adultes s’affrontent sur les routes. Il faut savoir que ces usagers du métro de Paname ne prennent leurs voitures que pour partir en vacances une fois l’an, et qu’ils ont la réputation de conduire lamentablement – le système d’immatriculation des voitures ’75’ les trahit sur les routes. Est-ce pour cela qu’il est en train de changer? À l’initiative, qui sait, de quelques technocrates parisiens? Non! Quoique… Nous fredonnons avec un malin plaisir la bonne vieille chanson de Ricet Barrier quand vient l’été :
Adults clash on the roads. It should be known that users of the Metro Paname only use their cars to go on holidays once a year and they have the reputation for awful driving – the system of car registration numbers, the 75, betrays them on the roads. Is it for that reason that things are changing? At the initiative of, who knows, some Parisian technocrats? Surely not! Maybe… We hum with malicious pleasure the good old song by Ricet Barrier when summer comes:
Le vacancier, quand il roule, faut se jeter sur le bas-côté
The holidaymaker, when he drives, you have to throw yourself onto the verge
Va falloir laisser les poules au poulailler,
You have to leave your hens in the hen house
C’est bien pire quand il s’arrête,
It’s even worse when he stops,
Il pense plus qu’à son gésier
All he thinks about is his stomach
Faut que je mette du barbelet à mes poiriers
I have to put barbed wire around my pear trees
Si un tracteur leur bouche la voie, si un troupeau de vaches traverse la route inopinément, ces messieurs de la ville crient ‘Hé va donc, hé paysan!’À quoi les gens du terroir opposent tout un panel de réponses colorées.
If a tractor blocks the path, if a herd of cows crosses the road inadvertently, these gentlemen from the city cry out “Hey sort it out, hey peasant!” To which locals reply with a full range of colourful replies.
‘C’est les vacances, c’est la transhumance’
It’s the holidays, the cattle are being moved,
Les vacanciers, c’est comme des fourmis
Holidaymakers, they’re like ants
ça se répand partout dans le pays
They spread out all around the country
Plus ça va et plus ça s’enhardit
The more it goes on the more resistant they become
L’an dernier, j’en avais ben trouvé un dans mon lit, oui
Last year I found one in my bed, yes I did
À vrai dire les mouvements de vacanciers sont des chassés-croisés car comme on dit au pays :
In truth the movement of holidaymakers is both backwards and forwards because as the say in the country:
Holy Gods, summer’s coming
Les vacanciers vont arriver
The holidaymakers will arrive
Y a qu’une chose que je comprends pas, c’est pourquoi qu’ils viennent ici,
There’s one thing I don’t understand, it’s why they come here,
Moi, quand je veux des belles vacances, je monte à Paris!
As for me, when I want nice I holidays, I go up to Paris!
‘Je monte à Paris!’ comprenez ‘le beau Paris’, ‘le gai Paris’ où les provinciaux vont jouer les touristes avec leur accent lyonnais, marseillais, bourguignon. C’est de bonne guerre.
“I go up to Paris!” understand “beautiful Paris”, “Swinging Paris” where provincials will play the tourist with their accents from Lyon, Marseilles, Burgundy. It’s all fair game.
Entre le Paris de tourisme et celui du parisianisme, existe un autre Paris, bien présent, qui a lui aussi ses chantres et son accent. Grand Corps Malade le dit en slam, depuis le département de la Seine-Saint-Denis, en banlieue où se mêlent des populations diverses, diversement défavorisées. De sa fenêtre, il voit…
Between the Paris of the tourist and that of Parisianism, there exists another Paris which is very real, which too has its bards and its accents. Grand Corps Malade says it with slam, from the Seine-Saint-Denis department, in a suburb where diverse populations mix, variously disfavoured. From his window, he sees…
Quand je vois ces deux hommes qui boivent un coup ensemble en riant, alors qu’ils sont soi-disant différents
When I see these two men having a drink together and laughing, though they are supposed to be different
Parce que l’un dit “Shalom” et l’autre dit “Salam”, mais putain ! Ils se serrent la main, c’est ça l’âme de mon slam
Because one says “Shalom” and the other says “Salam”, but shit! They shake hands, that’s the spirit of my slam
Je prends ça comme un bon signe, c’est peut-être un espoir infime
I take that as a good sign, it’s maybe a tiny hope
Mais je te jure que je l’ai vu, c’est pas pour la rime
But I swear I saw it, it’s not for the rhyme
Bon, c’est vrai que de ma fenêtre, je vois aussi la galère, la misère, les suicidaires, et les retours au pays en charter
OK, it’s true that from my window I also see strife, misery, the suicidal, the extraditions by charter plane
Mais je suis un putain de rêveur, un grand optimiste, c’est une philosophie qui me suit
But I’m a bloody dreamer, a great optimist, it’s a philosophy that follows me
Alors je me dis que ça peut s’arranger. J’espère donc je suis
So I say to myself that things can get better. I hope therefore I am
Vu de ma fenêtre, il n’y a que des bâtiments
Seen from my window, there’s only buildings
Si je te disais que je vois de la verdure, tu saurais que je mens
If I were to tell you that I saw greenery, you’d know that I’m lying
Et puis pour voir un bout de ciel, faut se pencher franchement
And to see a little bit of sky, you have to lean right out
Mais vas-y, viens chez moi, on regardera par la fenêtre
But come here, come round to my place, we’ll look out from the window
Tu comprendras pourquoi je rigole, pourquoi je crains, pourquoi je rêve, pourquoi j’espère
You will understand why I laugh, why I fear, why I dream, why I hope
Surtout le printemps, surtout l’été, surtout l’automne, surtout l’hiver.
Above all in the spring, above all in the summer, above all the in autumn, above all in the winter.
(‘Vue de Ma Fenêtre’ par Grand Corps Malade)
(‘Seen from My Window’ by Grand Corps Malade)
La ponctuation écrite mentionnée dans le langage parlé
La dernière phrase du reportage est la suivante :
Mais sinon, je sais vraiment pas pourquoi on a tous le même « accent », entre guillemets.
Les signes de ponctuation sont des signes typographiques. Ils découpent de manière logique les phrases, indiquent le rythme de la lecture, précisent l’intonation. Nous avons le point en fin de phrase, la virgule pour marquer une pause, les points d’exclamation, d’interrogation, les points de suspension.
Or il arrive que ces signes soient utilisés non seulement à l’écrit mais aussi comme expression orale, avec des nuances de significations intéressantes.
Ce n’est pas le cas systématiquement de tous les signes. Passons-les en revue et voyons à quoi ils servent.
1- Le point
De même qu’à l’écrit le point marque la fin d’une phrase, dans le discours parlé, il met un terme à un sujet de conversation avec une nuance de brutalité, pour indiquer que le sujet est clos et que l’on ne désire pas poursuivre l’exploration d’une idée plus loin, soit par manque d’information:
Je suis abonnée à ce journal depuis des années, et je l’ai toujours reçu très régulièrement, mais je ne l’ai pas eu le mois dernier, ni ce mois-ci. Je ne sais pas pourquoi. Pour l’instant je n’ai pas de nouvelle de la maison d’édition. J’attends. Point.
soit parce que l’on ne veut pas donner d’explication, de justification. On s’exprime de manière autoritaire :
Non, mon fils, tu ne sortiras pas ce soir. Je refuse de te prêter la voiture. Ne discute pas. Non, je n’ai pas à te dire pourquoi. C’est comme ça, un point c’est tout!
soit parce que le sujet est épuisé. On veut passer à autre chose :
Notre mission est terminée. Nous avons toutes les données nécessaires. Les investigations nous montrent que ce projet n’est pas viable. C’est inutile de s’étendre davantage là-dessus. On abandonne, point, à la ligne.
(comme si l’on devait commencer un nouveau paragraphe, une nouvelle phase)
2- Le point d’interrogation
Comme son nom l’indique, c’est le signe de la question. Toutefois, à l’écrit la phrase interrogative admet une réponse -pas forcément mais c’est possible. Dans le langage parlé ce n’est pas le cas. Cela signifie que la réponse demeure inconnue, en tout cas que l’auteur de la formule ‘point d’interrogation’ n’a pas cette réponse, qu’il est incapable de répondre à ce moment-là.
Nous avons constitué un dossier complet dans les règles sans omettre le moindre détail. Maintenant, nous avons beaucoup de concurrents sur cet appel d’offres. Alors, le nôtre sera-t-il retenu? Point d’interrogation.
3- Les guillemets
Ils s’utilisent à l’écrit pour faire une citation, ou bien pour indiquer l’usage impropre d’un terme. Lorsqu’on les mentionne oralement, c’est toujours dans le deuxième cas. Comme dans notre texte de reportage.
Mais sinon, je sais vraiment pas pourquoi on a tous le même « accent », entre guillemets.
Dans un cas comme celui-ci, la transcription pose problème. Il n’est pas forcément utile d’écrire les guillemets si on les dit, si on écrit ‘entre guillemets’. On a tous le même accent, entre guillemets. Dans la prononciation, on marque un petit temps entre les mots qui précèdent ‘entre guillemets’. Et on prononce ‘entre guillemets’ d’un air entendu, en insistant sur le mot concerné. On a tous le même accent (insister sur ‘accent’), entre guillemets. De fait c’est pour dire que ce soi-disant accent n’en est pas un, puisque tout le monde l’a dans la cité. L’accent, c’est celui des autres.
Noter que les Français n’ont pas l’habitude de faire le geste des guillemets avec les deux mains, doigts repliés.
4- Les parenthèses
Mettre un mot ou une phrase entre parenthèses, c’est pour suggérer une explication, parfois pour faire une digression.
Il ne s’est pas présenté à son entretien (ce n’était d’ailleurs pas la première fois) et n’a même pas pris la peine de s’excuser.
À l’oral c’est toujours pour faire une digression, une observation (le plus souvent ironique ou malveillante).
Les voisins nous ont reproché de faire du bruit trop tôt le matin dans le jardin. J’ai répondu que nous ferions attention dorénavant. Entre parenthèses j’aurais aussi pu leur faire remarquer que le soir ils ne se privent pas quand ils organisent des barbecues. Mais bon, j’ai préféré en rester là.
Voilà, cela ne concerne que quelques signes mais vaut la peine d’être précisé, non?. C’est tout pour aujourd’hui, point final!



