Version Ralentie
Un samedi matin, à Paris. Sur les murs, les montagnes ont les pieds dans l’eau. Sous ces photos ensoleillées, une dizaine de personnes sont assises autour d’une table.
A Saturday morning in Paris. On the walls, mountains appear from below the water’s surface. Below these sunny photos, ten or so people are seated around a table.
-On est en train d’apprendre le corse, qui est une langue ; qui est une langue qui nous vient de très très loin puisque que les Corses, on sait qu’il y a 4000 ans, on existait déjà. Vous aviez des menhirs, etc. Et donc, cette langue, elle fait partie des langues dites minoritaires en France et on les apprend, voilà. Nous, on est un certain nombre, on est 2 ou 3 sur la capitale à essayer de faire passer la connaissance, que les gens, quand ils entendent chanter en Corse, ils puissent comprendre au moins ce que ça veut dire, quoi. Ça c’est important. Après, c’est toute une partie de la culture, la culture corse dans toute sa splendeur puisque bon, moi, je suis profondément corse. Je suis issu d’un village et donc, j’ai ça à fleur de peau. Ce soir, nous allons faire une polenta : c’est un repas traditionnel à la farine de châtaigne en l’honneur de la nouvelle châtaigne, de la nouvelle farine qui a été faite, et voilà. Donc, c’est pour perpétuer certaines traditions, partager nos différences avec d’autres personnes, quoi.
-We’re busy learning Corsican, which is a language, a language which comes to us from very, very long ago since the Corsicans we know have been around for four thousand years. You used to have the menhirs, etc. And so, this language is a part of the so-called minority languages in France, and people learn them, you see. There are a few groups of us, two or three in the capital, trying to pass on the knowledge, so that when the people, when they hear singing in Corsican, at least they can understand what it means. That’s important. Beyond that, it’s all a part of the culture, the Corsican culture in all its splendour since, well, myself, I’m Corsican deep down. I come from a village, and so I’ve got that under my skin. Tonight, we’re going to make polenta. It’s a traditional meal made with chestnut flour, in honour of the new chestnuts and of the new flour which has been produced, you see. So, it’s to continue some traditions, to share our differences with others.
-Mon père a fait un rejet de la Corse, donc moi, j’y suis revenue et ça a toujours été une espèce de pays mystérieux quand j’étais petite et je l’ai découvert assez tard quand j’avais une vingtaine d’années. Autrement, j’ai du mal justement à retrouver mes racines parce qu’en Corse, j’ai presque plus de famille et les gens que je connais en Corse, parce que j’y vais maintenant tous les ans, les gens que je connais ne parlent que le français, donc on a un mal fou, maintenant à essayer de parler le dialecte ou plutôt la langue. Déjà, je suis linguiste, donc les langues m’intéressent et j’ai fait justement, j’ai été professeur de français langues étrangères, j’ai donné des cours de français aux étrangers donc toutes les langues m’intéressent, mais en particulier cette langue que je connais pas. C’était la langue de mon grand-père et ça me semble un peu bizarre de ne pas connaître la façon dont il parlait. Et puis c’est une jolie langue. Bon, ça ressemble un peu à l’Italien. J’ai fait du latin, ça me plaît beaucoup.
-My father gave up on Corsica, so I, I went back there, and it had always been a kind of mysterious land when I was young, and I discovered it rather late, when I was about twenty. Apart from that, I had trouble rediscovering my roots because in Corsica, I had almost no family, and the people I know in Corsica, because now I go there every year, the people that I know only speak French, so you have a hard time trying to speak the dialect or rather the language. I’m a linguist already, so languages interest me, and I did exactly that, I was a French as a foreign language teacher, so I did French classes for foreigners, so all languages interest me, but especially this language that I didn’t know. It was my grandfather’s language, and it seems a little strange not to know the way in which he used to speak. What’s more, it’s a pretty language. It resembles Italian a bit; I did Latin and I really like it.
-Bizarrement, même si je l’ai connue très tard, quand je vais en Corse, j’ai vraiment des émotions très fortes. D’abord, c’est une île qui est très très belle, très attachante. Les gens sont sympas, quoi qu’on dise. Ça, je crois, c’est qu’on dit des choses désagréables dans la presse parisienne mais j’ai jamais eu de problème en Corse et ça, c’est pas écrit sur ma tête que je suis Corse et je ne le dis pas. Je suis mariée, je m’appelle Besnilian, donc, bon. Et j’ai toujours eu de bons rapports avec les Corses. Mais bon, mon nom de famille, c’est Castelli, mon nom de jeune fille et je me sens profondément corse quelque part.
-Strangely, even though I got to know it very late, when I go to Corsica, I really have very strong emotions. First off, it’s a very, very beautiful island, very alluring. People are nice, despite what people say. That, I think what it is that people say unpleasant things in the Parisian press, but I’ve never had a problem in Corsica. And well, it’s not written on my forehead that I’m Corsican, and I don’t mention it. I’m married, my name is Besnilian, and so… And I’ve always had good relations with the Corsicans. But, well then, my family name is Castelli, my maiden name, and I feel Corsican deep down, in some part of me.
Quelles sont ces choses désagréables qui font souvent la une de l’actualité ? Des attentats, des assassinats, des règlements de compte, des incendies… Des groupes d’hommes armés et encagoulés ont décidé que la Corse devait s’affranchir de l’autorité française. Malgré la beauté de leur terre, les Corses n’ont pas une bonne image dans le reste du pays à cause de ces événements.
What are these unpleasant things that often make the news headlines? Attacks, assassinations, vendettas, arson… Groups of armed and masked men have decided that Corsica should free itself of French authority. Despite the beauty of their land, Corsicans don’t have a good image in the rest of the country because of these events.
–Per me1, être Corse ne veut pas dire que je suis différent des autres. Ça, c’est une chose absolument capitale pour moi. Maintenant, ceci dit, j’ai quand même une culture, une façon de voir un peu les choses un peu différente. Je mets des sentiments qui sont un petit peu différents. Par exemple, vous pouvez dire : j’ai mal à la tête. En Corse, « j’ai mal à la tête », on peut le dire de différentes façons ; on a une structure différente. Mi sente u capu et là, ici, c’est : « je me sens la tête ». Bien entendu, vous avez un peu quelque chose d’affectif et vous retrouvez ça un petit peu dans l’italien ou même l’espagnol, dans ces langues un peu du Midi méditerranéen. Et pour moi, je suis attaché à ce qu’il y ait un petit peu ces intonations, ces différences, ces façons de voir un petit peu différentes, qui étaient liées à notre économie agro-pastorale et qui, bien sûr, est en train de disparaître mais j’essaie un peu de garder un peu. Alors, pas de communautarisme pour moi, ça c’est clair. Je suis un citoyen français attaché à l’égalité des droits mais, en même temps, j’essaie de cultiver (ça, c’est à titre personnel), ma petite façon de voir un peu les choses, ma culture, appréhender un peu les saisons… tout ça, cette façon-là, tout simplement. Ecco !
-For me, to be Corsican doesn’t mean that I am different from others. That’s something which is absolutely crucial for me. Now, having said that, I still have a culture, a bit of a way of seeing things a little differently. I show emotions which are a little different. For example, you’d say, “I have a headache.” In Corsica, “I have a headache” can be said in different ways, we have a different structure. “Mi sente u capu”, which is “I’m feeling my head.” Of course, you have something a little more emotional, and you see that a bit in Italian or even Spanish, in the languages a bit south around the Mediterranean. As for me, I’m attached to the fact there are these intonations, these differences, these ways of seeing things a little differently tied to our agricultural economy, and which is of course, disappearing, but I’m trying to hold on to it a bit. So no separatism for me, that’s clear. I’m a French citizen in favour of equal rights, but at the same time I try to cultivate (that’s in a personal capacity) my own little way of seeing things, my culture, of understanding the seasons a little… all of that, that way of being, quite simply.
-La gastronomie corse, il y a deux points importants : il y a la charcuterie, c’est-à-dire l’élevage des porcs en liberté. Alors ça, c’est un élevage traditionnel qui date de la nuit des temps, plus ensuite la châtaigne. La châtaigne, c’est aussi une culture, qui est un peu plus récente puisqu’elle date peut-être du 12ème ou 13ème siècle, pour en faire une centaine de plats différents à la farine de châtaigne ou aux châtaignes, quoi. Voilà ce qu’on peut dire, ensuite vous avez un autre produit, c’est l’élevage. Depuis la nuit des temps aussi, en Corse, on est des pasteurs. On élève des brebis et des chèvres et avec ce on fait du fromage frais. On fait du fromage qu’on affine et on fait surtout, à base de petit lait, le Brocciu qui est connu. Et donc, ce soir, le plat traditionnel, c’est figatellu donc la partie porc, la partie châtaigne qui est la polenta, la farine de châtaigne, et la partie pastorale qui est le brocciu. Voilà, les trois sont réunies et c’est vraiment un plat culturel.
-Corsican cuisine, there are two important points: there’s the pork, that is, raising pigs, free-range. So, that, that’s a traditional way of raising livestock which dates back to the dawn of time, and then there’s the chestnut. The chestnut, it’s also an agricultural product which is a little more recent, dating back perhaps to the 12th or 13th century; you can make a hundred or so different dishes from chestnut flour or from chestnuts. That’s what we can say… then we have another product, that’s livestock farming. Since the dawn of time as well, in Corsica, we are shepherds. We raise sheep and goats, and with this, we make fresh cheese. We make cheese which we refine, and in particular, we make the buttermilk-based Brocciu which is well known. And so, this evening, the traditional dish is “figatellu”, so you have the pork part, the chestnut part which is the polenta, the chestnut flour, and the dairy part which is the “brocciu”. There you are, the three are brought together and that’s really a cultural dish.
-Moi je dis d’abord le parfum, l’odeur. C’est Napoléon, c’est connu, cette phrase de Napoléon : « je peux sentir, les yeux fermés le maquis corse ». C’est vrai ! Vous arrivez, par exemple, vous sentez ces odeurs, le maquis. Ça, c’est la première chose que moi, je sens. La Corse… et après, la Corse, pour moi, la Corse, la bonne entrée en matière de la Corse, c’est pas l’entrée par la mer, oui, la plage. Pour moi, l’entrée, la Corse vraiment la Corse, c’est d’aller à l’intérieur, dans ces villages endormis où il y a peu de monde ; sentir un autre temps. Pour moi, c’est ça, la Corse. Je comprends très bien que le touriste qui vient en Corse, lui, c’est pour être en bord de mer. Je comprends très bien, mais je pense que si on veut vraiment rentrer dans la Corse, c’est peut-être un peu une approche différente, si je peux dire.
-As for me, I say first off there’s the scent, the smell. It was Napoleon, it’s well-known, this statement from Napoleon: “I can smell with my eyes closed the Corsican scrubland”. It’s true! When you arrive, for example, you sense these smells, the scrubland. That, that’s the first thing that I sense. Corsica… and after that, Corsica for me, Corsica, the right way to get into Corsica is not via the sea, the beach. For me, the way into Corsica, what’s really Corsica is to go inland, into these sleepy village where there’s very few people, to feel another era. For me, that’s Corsica. I understand quite well that the tourist comes to Corsica to be at the seaside. I understand very well, but I think that if you really want to enter into Corsica, there’s maybe a slightly different approach to take, if I can put it like that.
La Corse affiche ses différences, comme beaucoup d’îles. Pour mieux comprendre, penchons-nous sur son histoire et les invasions qu’elle a connues : invasions phénicienne, étrusque, romaine, génoise, enfin française.
Corsica displays its differences, like a lot of islands. To get a better understanding, let’s look into its history and the invasions it experienced: Phoenician, Etruscan, Roman, Genovese, and finally… French.
-C’est une histoire méditerranéenne, qui n’a rien à voir avec l’histoire de France, je veux dire, puisqu’on est dans le bassin méditerranéen, qu’on est français depuis un peu plus de deux siècles, donc on partage, avec la France, une histoire à peu près identique depuis deux siècles, mais qu’avant ces deux siècles, beaucoup de rencontres, beaucoup d’influences. On s’est épanouis, à travers ça. Surtout, surtout, il faut savoir une chose : c’est que nous ne sommes pas des gens qui ont envahi mais qui ont été envahis. C’est-à-dire que nous sommes un peuple toujours sur la défensive, puisque nous n’avons jamais pris une barque pour aller attaquer un autre peuple, mais on a toujours eu des invasions, c’est-à-dire, des gens ont débarqué chez nous avec l’esprit de conquête. Il faut savoir une chose que très peu de gens savent. Je résumerai en deux mots : c’est-à-dire que la Corse est un réservoir d’eau en Méditerranée ; donc ça a été une grande convoitise, à travers les siècles, de ce réservoir d’eau puisque, lorsque l’on sait que les flottes, pour les galères, etc. avaient besoin d’énormément d’eau et la Corse servait d’ancrage pour récupérer de l’eau, quoi.
-It’s a Mediterranean history, which has nothing to do with French history, I mean, since we’re in the Mediterranean, and we’ve been French for a little more than two centuries, so we share with France a history which is almost identical for a little more than two centuries. But before these two centuries, there was a lot of interaction, a lot of influences. We blossomed because of that. In particular, in particular, you need to know one thing: it’s that we’re not a people who invaded but who were invaded. That’s to say that we’re a people always on the defensive, since we’ve never set out on a boat to go to attack another people, but we’ve always had invasions, that is, people have landed here with the idea to conquer. You need to know one thing which few people know. I’ll summarize in a couple of words: that is, that Corsica is a Mediterranean reservoir of water, so that was greatly coveted throughout the centuries, this reservoir of water, since we know that the fleets, the galleys, etc. needed enormous amounts of water and Corsica served as an anchor spot to take on water.
La Corse en long, en large… et en travers
Les Grecs l’appelaient ‘la plus belle’, et nous persistons à la nommer “l’île de beauté”. Et c’est vrai que c’est beau, la Corse. Pourtant dès qu’on aborde cette île de beauté, paradoxalement les choses se corsent. Hé oui, ça se corse, comme on dit.
The Greeks used to call it, “the most beautiful”, and we continue to call it “the beautiful island”. Well it’s true that Corsica is beautiful. However, as soon as we enter this beautiful island, paradoxically things start to heat-up. Ah yes, things heat-up as they say.
Vous ne connaissez peut-être pas l’expression ‘ça se corse’ qui signifie ‘Ça se complique!’ et aussi ‘ça devient plus intéressant, plus intense’. C’est ainsi que l’on trouve sur certains paquets de café la mention ‘goût corsé’.
Maybe you don’t know the expression “ça se corse” which means “things get more complicated” and so “things get more interesting, more intense”. That’s why we find on some packets of coffee the words “goût corsé”.
Cela a-t-il à voir avec le nom de l’île? Non! On sait qu’en Corse, les choses peuvent très vite monter en intensité car les gens y ont le sang chaud1. Toutefois, l’origine de l’expression est autre. “Corser” vient de “corps”, le corps. On dit d’un vin, par exemple, qu’il a du corps lorsqu’il a un goût fort et intense, lorsqu’il est consistant.
Does that have anything to do with the name of the island? No! We know that on Corsica things can become intense very quickly because the people are hot blooded. Nevertheless the origin of the expression is otherwise. “Corser” comes from “corps” the body. We say of a wine for example that it has body when there is a strong intense flavour, so that’s similar.
Si le rapprochement entre ‘ça se corse’ et ‘la Corse’, a fortiori ses habitants ‘les Corses’, se fait, c’est que l’histoire de l’île et de ses habitants est une suite d’événements belliqueux, l’histoire d’une vie âpre, l’histoire d’une vie d’adaptation et de résistance. La Corse n’a cessé d’être envahie, achetée, vendue, renégociée par les puissances méditerranéennes, le royaume de Sardaigne, la République de Gêne, la France et bien d’autres à tour de rôle. Malgré cela, elle demeure monolithique, une île, une ethnie.
If the link is made between “ça se corse” and “Corsica” a fortiori its people the Corsicans, it’s because the history of the island and its people is a series of bloody events, the story of a grim life, the story of a life of change and resistance. Corsica has never ceased to be invaded, bought, sold, bartered by the [political] powers of the Mediterranean, the Kingdom of Sardinia, The Republic of Genoa, France and lots of others have had a turn. In spite of that, it remains a single unit, an island, an ethnic community.
A quoi reconnaît-on les Corses? Ils ont premièrement une langue -et un accent quand ils parlent français mais avant tout une langue. Ils ont un drapeau, dit ‘à tête de Maure’ qui en dit long aussi sur leur parcours. Le premier drapeau était un signe de soumission au roi de Sardaigne qui, ayant vaincu des Maures, des Arabes au cours de croisades en Orient, affichait sur son drapeau selon la tradition de l’époque l’emblème de ses victoires, c’est-à-dire une tête de vaincu. Mais il faut savoir que les têtes de Maures avaient alors un bandeau sur les yeux, en signe d’esclavage. Plus tard les Corses ont gardé le drapeau du temps du royaume de Sardaigne dont ils avaient fait partie. Ils ont gardé la tête de Maure, vaincu aux cheveux crépus, nez épaté -qui entretient durement le conflit racial- et ils ont relevé le bandeau sur le front en signe de liberté, leur liberté. Réellement, l’affaire se corse dès qu’on creuse un peu. L’épopée mondialisatrice passe au large des côtes corses.
How do you recognise the Corsicans? First of all they have a language – and an accent when they speak French – but above all a language. They have a flag called “the Moor’s head” which tells us something of their path through time. The first flag was a sign of submission to the king of Sardinia who having conquered the Moors, the Arabs, during the Crusades in the middle east displayed on his flag in the traditional ways of that time, a sign of his victories, so a head of the conquered. But you should know that the Moor’s head had a blindfold on over his eyes, a sign of slavery. Later the Corsicans kept the flag from the time of the Kingdom of Sardinia of which they had been a part. They kept the head of the conquered Moor with his frizzy hair and flattened nose – which is a source of deep racial conflict – and they’ve lifted up the blindfold at the front to show freedom, their freedom. Really, matters heat up as soon as we dig a little. The saga of globalisation has taken place off the shores of Corsica.
L’identité est dans le repli, dans l’omerta, c’est-à-dire la loi du silence et le code de l’honneur corse. Le roman de Prosper Mérimée, Mateo Falcone, écrit en 1829, illustre ce thème. Mateo Falcone habite près de Porto Vecchio, en Corse. Un jour, il part chasser avec sa femme. Fortunato, son fils resté à la ferme, voit arriver un homme, Gianetto, recherché par les gendarmes et qui lui demande de le cacher. Fortunato accepte. Plus tard, les gendarmes se présentent chez Mateo Falcone et demandent à Fortunato où est passé l’homme qu’ils poursuivent. Après discussion, Fortunato accepte de dévoiler la cachette. C’est alors que Mateo Falcone arrive et voit Gianetto qui, capturé, l’insulte comme traître. Une fois les six hommes et Gianetto partis, il va avec son fils dans la forêt et l’abat d’un coup de fusil.
The identity is hidden away, in the “omerta”, which means the law of silence and the Corsican code of honour. The novel by Prosper Merimee, Mateo Falcone, written in 1829, illustrates this theme. Mateo Falcone lives near Porto Vecchio in Corsica. One day he goes off hunting with his wife. Fortunato, his son who is still in the farm, sees a man arrive, Gianetto, who is being sought by the police, and who asks him to hide him. Fortunato agrees. Later the police arrive at the home of Mateo Falcone and they ask Fortunato what happened to the man they were looking for. After a discussion, Fortunato agrees to reveal the hide-out of the bandit. Just then Mateo Falcone arrives and sees Gianetto captured and who insults him as a traitor. Once the six men and Gianetto have gone, he goes into the forest with his son and shoots him with a rifle.
Les Corses chantent à plusieurs voix. Le chant corse polyphonique est partie intégrante de la culture. Ce sont des chants a capella, des voix d’hommes, de femmes qui s’élèvent sans accompagnement instrumental pour transmettre l’héritage avec passion. Les groupes ont pour nom A Filetta, Barbara, Furtuna. Écoutons-les!
The Corsicans sing with several vocal parts. The Corsican mixed voice song is an integral part of Corsican culture. There are the a cappella songs, men’s vocal parts, women’s vocal parts which raise the pitch, without an instrumental accompaniment to convey the cultural heritage passionately. Groups have names such as A Filetta, Barbara, and Furtuna. Let’s listen to them.
Une certaine expression de l’émotion typiquement méditerranéenne
Relisons ce passage du reportage :
J’ai quand même une culture, une façon de voir un peu les choses un peu différente. Je mets des sentiments qui sont un petit peu différents. Par exemple, vous pouvez dire : j’ai mal à la tête. En Corse, « j’ai mal à la tête », on peut le dire de différentes façons ; on a une structure différente. « Mi sente u capu » et là, ici, c’est : « je me sens la tête ». Bien entendu, vous avez un peu quelque chose d’affectif et vous retrouvez ça un petit peu dans l’italien ou même l’espagnol, dans ces langues un peu du Midi méditerranéen.
L’émotion, n’est-ce pas, est un rapport à soi-même, une manière personnelle et profonde de ressentir l’impact de ce qui nous entoure. Toutes les langues ont des mots pour le dire.
Vous connaissez déjà la syntaxe française pour traduire une action que l’on fait soi-même sur son propre corps, ou sur une partie de son propre corps. On rend le verbe pronominal et on n’utilise pas de possessif. Nous ne disons donc pas "je lave mes mains" mais "je me lave les mains". On dira de même "je me brosse les cheveux", "je me passe de la crème solaire sur le corps", "je me suis cassé le bras", "je dois me limer les ongles".
Si l’action n’est pas volontaire mais subie, le verbe n’est pas pronominal mais on utilise le verbe "avoir" -en signe d’appropriation- pour exprimer un ressenti de soi-même par soi-même, et l’on n’utilise toujours pas de possessif. C’est le cas dans l’exemple pris dans le reportage : j’ai mal à la tête. On dira de même "j’ai froid aux mains", "j’ai des fourmis aux pieds" c’est-à-dire "des picotements aux pieds", "j’ai une douleur à l’oreille droite". Tout ça pour dire "j’ai une sensation de froid, de picotements, de douleur". Propos que l’on retrouve donc littéralement dans le corse "je me sens la tête" exprimant la douleur, dans l’idée que quelque chose d’anormal se produit, car lorsque tout va bien on ne sent rien. Cela nous renvoie à la célèbre formule du docteur René Leriche, surnommé "le chirurgien de la douleur" :"La santé, c’est la vie dans le silence des organes."
Nous abondons donc maintenant dans le sens du Corse qui s’exprime sur le plan linguistique dans le reportage : "Bien entendu, vous avez quelque chose d’affectif et vous retrouvez ça dans l’italien ou l’espagnol, dans ces langues du Midi méditerranéen." Et il y a effectivement de quoi cautionner cet avis dans la langue française. Le style méditerranéen -italien, espagnol, français du sud, le style latin, quoi- est empreint de "pathos", la passion, ce ressort de la grande tragédie grecque, magnifié par Eschylle, Sophocle.
Des siècles et des siècles plus tard, nous cultivons toujours le même sens du pathétique, souffrons toujours de la même pathologie. Est-ce un cliché persistant qui veut que les Méridionaux s’enflamment, se passionnent à l’excès, soient si démonstratifs en matière de grands sentiments? Non! C’est la réalité. Pour s’en convaincre il n’est que de relire le titre de l’ouvrage du général Bigeard écrit pour exprimer sa solidarité avec son pays malmené, le titre étant "J’ai mal à la France". Difficile de faire plus compact comme formulation, plus expressif comme cri de douleur, blessure personnelle profonde. À travers le coup porté à son pays, le général Bigeard est atteint dans sa propre chair : "J’ai mal à la France!"
À mi-chemin entre le tragique et, il faut bien le dire, le comique, l’affectation sentimentale ne manque pas d’être exploitée dans le langage. C’est ainsi qu’on va dire en lisant une facture salée (une grosse facture) "Aïe! J’ai mal au portefeuille subitement".
Pour traduire la pathologie de l’excès, on se souvient de Guy Marchand plongé en grand désespoir amoureux…
Avec toi il faudrait toujours vivre
La passionnata, la passionnata, la passionnata
Avec toi il faudrait toujours jouer
La co-co-mé, la comé, comé, comédia
Tu voudrais que je sois espagnol
Que je chante en fa en sol
Tous les airs de Flamenco
Tu voudrais que j’ai un habit d’or
Le regard de matador
De Rudolf Valentino
Avec toi il faudrait toujours dire
Aie me qué, aie me quérida
Avec toi il faudrait toujours dire
Aie me vida, via via
Tu voudrais que je sois Andalou
Que je tombe à tes genoux
Avec une corde au cou
Tu voudrais que je sois riche et beau
Racé comme un hidalgo
Qui n’a pas peur des taureaux
Mais je suis né Porte des Lilas
Et j’ai la passionnata sur les fortifications
Je n’ai pas de châteaux en Espagne
Mes pays sont de cocagne
Je travaille chez Renault
Bon, ce sera tout pour aujourd’hui! Et si vous avez mal à la syntaxe, à la grammaire ou aux conjugaisons ne désespérez surtout pas, ça se soigne!


