I. Grammaticalement…
…le subjonctif est dans un rapport de dépendance dans une proposition subordonnée qui n’existe que par sa relation à sa proposition principale.
Je ne changerai pas d’avis, bien que vous ne soyez pas d’accord avec moi.
Je ne changerai pas d’avis, pourrait exister seule, c’est une phrase. bien que vous ne soyez pas d’accord avec moi existe par sa relation à je ne changerai pas d’avis, d’où la proposition principale et la proposition subordonnée.
Autre exemple
Les récoltes sont compromises cet été, à moins qu‘il ne pleuve dans les jours qui viennent.
C’est la raison pratique pour laquelle on conjugue, dès l’école primaire, le subjonctif en plaçant que devant : que je sois, que tu sois, etc. Cela facilite le repérage entre le subjonctif et l’indicatif présent pour les verbes du premier groupe (c’est-à-dire les verbes terminés en -er sauf aller). Indicatif :
je donne, tu donnes, etc.;
Subjonctif présent :
que je donne, que tu donnes, qu’il donne, qu’ils donnent
et entre le subjonctif présent et l’indicatif imparfait à la première et à la deuxième personne du pluriel :
que nous donnions, que vous donniez.
Notez bien que toutes les conjonctions terminées par que n’utilisent pas le subjonctif. Certaines sont suivies de l’indicatif. Après que, vu que, étant donné que et d’autres sont suivies de l’indicatif.
Exemple
Nous prendrons nos vacances tranquillement après que les touristes seront retournés* au travail ou à l’école, vu que les plages sont bondées en août et les tarifs prohibitifs en haute saison.
*futur antérieur de l’indicatif
II. Concernant l’usage…
…on utilise le subjonctif dans un esprit bien particulier qui le distingue des autres modes.
Ainsi l’indicatif est-il situé dans le réel :
J’ai la ferme intention d’acheter une maison qui jouit d’une vue imprenable sur la baie. J’ai vu cette propriété en me promenant la semaine dernière et j’ai remarqué un écriteau ‘à vendre’. Depuis, j’ai fait des démarches pour l’acquérir, après l’avoir visitée, et j’ai mis en vente mon appartement du centre ville, trop bruyant, pour réunir l’argent nécessaire à mon acquisition.
Quant aux subjonctifs, Erik Orsenna, de l’Académie française, dans un livre intitulé Les chevaliers du subjonctif, en propose une vision originale : “Les subjonctifs sont les ennemis de l’ordre… Des insatisfaits perpétuels. Des rêveurs, c’est-à-dire des contestataires.”
J’ai envie d’avoir une maison qui jouisse d’une vue imprenable sur la baie. J’ignore si ce genre de maison correspond à mes moyens, ni même s’il y en a à la vente, ni même si je le veux vraiment car il se pourrait que je doive quitter le pays l’année prochaine. Mais j’aime caresser cette idée de maison près de la plage.
Un sentiment quasiment amoureux est à l’oeuvre… Or, “Qu’est-ce que l’amour sinon du doute, de l’attente, du désir, de l’espérance ?” renchérit Erik Orsenna dans le même ouvrage.
Outre la dépendance qui l’assujettie grammaticalement à une proposition principale par une conjonction de subordination, le subjonctif se laisse aussi apprécier dans la subjectivité. Il dit l’émotion : j’ai peur que, je désire que, j’admire que. Il dit l’irrationnel, l’intempestif : je veux que, j’interdis que, j’exige que.
Voulez-vous faire un exercice périlleux mais courageux ?
Osez le subjonctif !
Qui que vous soyez, anciens ou nouveaux amoureux de la langue française, rédigez-moi un texte avec quelques subjonctifs bien placés par-ci, par-là. Je vous renverrai ce travail corrigé, si besoin est.

